BALLOUX René
- Né Ie 27 février 1904 à Paris - XVllle arrondissement.
- Demeure 30, rue de Ia République à Talence - (Gironde).
- Arrêté Ie 26 octobre 1940, incarcéré au Fort du Hâ.
- Fusillé le 24 octobre 1941 à 37 ans, numéro 53 sur la liste générale des fusillés.
René est un ouvrier carreleur. Comme tous les ouvriers du bâtiment, il connait les vicissitudes du marché du travail, des chantiers qui s'ouvrent et se ferment après quelques mois lorsque l'ouvrage est terminé, l'affrontement avec les patrons ; les conventions collectives ne datent que de 1936. Il faut chaque fois négocier son salaire horaire, souvent aussi prendre sa boîte à clous (à outils) et aller ailleurs chercher du travail, seul moyen de faire respecter sa dignité et sa qualification.
Mais René a deux enfants dont un est affecté d'une maladie non guérissable et qui ne sera plus couverte par les assurances sociales. La nécessité d'un travail plus régulier l'amène à se faire embaucher comme magasinier aux Coopératives de France, cours de l'Argonne.
Il est membre du Parti communiste à la cellule Vaillant-Couturier, dont le siège se situe chemin Roustaing au bar "Bon accueil". Il y est connu comme un militant actif. Sensible aux questions de la paix, alors que Hitler en Allemagne fait valoir ses prétentions à dominer l'Europe, il adhère au mouvement Paix et Liberté.
Aux Coopératives de France, il déploie une grande activité syndicale car il est membre du syndicat des chocolatiers dont il deviendra le trésorier général en juillet 1939.
Mobilisé le 28 septembre 1939, il retrouvera la vie civile et son travail en juillet 1940.
- La police est informée dans le deuxième semestre de 1940 d'une recrudescence de distributions de tracts du Parti communiste à Talence.
René Balloux est connu de la police, il est fiché aux renseignements généraux. Un arrêté préfectoral du 14 décembre 1940 ordonne son arrestation et l'astreint à séjourner au centre de séjour surveillé à Bordeaux 22 quai de Bacalan. La perquisition à son domicile est sans résultat, Ies enquêtes effectuées dans son quartier et auprès de son employeur font état de renseignements favorables aussi, bien que Ie commissaire spécial dans un rapport du 26 décembre 1940 précise : "il n'est pas douteux que même actuellement il garde sa foi dans le Parti communiste". Il est libéré le 31 janvier 1941, mais astreint à résidence forcée à Talence où il devra chaque semaine se présenter au commissariat de police. Il n' est pas douteux non plus que la police libère certains communistes, espérant par le moyen de la filature trouver des filières illégales du Parti communiste.
L'activité illégale des communistes ne s'est pas interrompue, au contraire, elle s'amplifie et les actes de sabotage font leur apparition. Au début juin, c'est le poste de transformateur de la SNCF à Pessac qui saute. Les autorités décident l'arrestation de 9 communistes. René Balloux en fait partie. Il retrouve ses anciens camarades de captivité mais cette fois à Mérignac où au lieu-dit de Pichey-Beau -Désert a été installé un camp avec quelques baraquements en bois, entourés de barbelés et gardés par des gendarmes.
La situation économique de la famille est difficile, le handicap de l'enfant nécessite des soins constants, les impôts viennent d'arriver et le percepteur ne fait pas de sentiment, le propriétaire réclame les arriérés de loyer. Son épouse, Raymonde se débat avec la préfecture pour obtenir des secours. Elle réussit à obtenir 13 francs par jour, ce qui correspond à peu près à deux heures de salaire.
- Est-ce cette situation et les bons renseignements recueillis qui conduisent la police à envisager à nouveau sa libération ? Le 13 août 1941, l'inspecteur principal Langlade établit un rapport au commissaire divisionnaire dans lequel il conclut : "il semble que sa libération puisse être envisagée, mais il conviendrait cependant de le maintenir eh résidence forcée à Talence".
Or, ce rapport est transmis par le préfet aux autorités Allemandes avec "avis de maintenir l'internement".
Il sera fusillé deux mois plus tard, le 24 octobre 1941.
