BONNARDEL Jean
- Né le l2 décembre 1903.
- Demeure rue Anatole-France à Chambéry - Villenave-d'Ornon. - (Gironde)
- Arrêté le 22 novembre 1940.
- Fusillé le 24 octobre 1941 à 38 ans, numéro 33 sur la liste générale des fusillés.
Jean Bonnardel, miroitier à la Société économique des routes, est un militant actif du Parti communiste à Villenave-d'Ornon. Son épouse l'ayant quitté, lui laissant les deux enfants dont un sourd muet, il vit avec une amie, elle aussi mère de deux enfants. Ils ont ensemble un garçon âgé de 11 mois lorsque, le 22 novembre, la police frappe à la porte. La perquisition du modeste appartement ne donne aucun résultat. Pourtant Jean se retrouve au 24 quai de Bacalan à l'Hôtel des émigrants avec les 148 communistes appréhendés comme lui.
Après l'interrogatoire, le commissaire spécial Poinsot note dans son rapport au préfet : "Le communiste Bonnardel est un propagandiste de ce parti, il n'a rien renié de ses doctrines et attend le moment de prendre sa revanche qu'il souhaite aussi complète que possible". (...) "Tout le désigne comme un individu dangereux » et il conclut : « La mesure de sécurité doit être maintenue".
La compagne de Jean avait abandonné son travail pour s'occuper des cinq enfants, elle touche 21 francs par jour d'allocation (environ 3 heures de salaire), le morceau de jardin cédé par le propriétaire alimente l'ordinaire. Mais le 12 février 1941, elle est menacée d'expulsion par la propriétaire car elle ne peut payer le loyer .
Jean demande sa libération pour pouvoir subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. L'inspecteur Lafargue saute sur l'occasion. Il vient au camp l'interroger , il lui demande de dire qu'une personne appartenait à la cellule de Villenave. Il refuse.
Le 16 avril, nouveau chantage du préfet dans sa réponse à la demande de libération : "En raison de la propagande communiste actuelle il n'est pas possible pour le moment, d'envisager le retrait de la mesure prise à votre égard ".
- Le 20 avril, nouvelle démarche de sa compagne : "Les enfants ont faim", elle a à peine de quoi acheter du pain et le lait pour la dernière. Elle demande une audience au commissaire central, il refuse de la recevoir .
Elle tente une autre démarche auprès du préfet : "Les forces lui manquent pour travailler le peu de jardin que la propriétaire lui a laissé"... , "Elle sera expulsée à la fin du mois"... Son fils a un doigt malade et doit être opéré. Il va rentrer à Bagatelle au mois d'août. Le préfet reste insensible, il poursuit son chantage : "possible d'envisager la libération de Monsieur Bonnardel lorsque celui-ci aura donné des preuves de son renoncement aux idées extrémistes et aux mots d'ordre propagés par la troisième internationale".
Nouvel interrogatoire, nouveau chantage auprès de Jean, il reste inflexible. L'appréciation de l'inspecteur Lafargue ne laisse aucune ambiguïté : "L'internement qu'il subit ne modifie en rien son attitude". . . "Il s'est refusé à toutes déclarations de loyalisme, persistant dans ses premières déclarations"? "En conséquence, il n'y a pas lieu d'envisager pour le moment sa libération".
Il est fusillé le 24 octobre 1941 au camp militaire de Souge.
