
BOUCAULT Jean-Roger
dit Zézé
- Né Ie 25 juin 1915 à Bordeaux (Gironde).
- Demeure 5, rue Hugla.
- Arrêté le 10 juin 1941.
- Fusillé le 24 octobre 1941 à 26 ans, numéro 23 sur la liste générale des fusillés.
Zézé a fait un apprentissage de peintre tapissier en bâtiment. Sur les chantiers, les '"arpettes" ne sont pas ménagés, il faut leur apprendre à se défendre, à se battre pour défendre son pain et sa dignité. C'est une dure école : levé tôt le matin, il part avec sa gamelle, rentre tard le soir, selon l'éloignement des chantiers, les longs trajets à bicyclette pour apprendre un métier, gage d 'une assurance pour la vie (surtout dans cette période de crise économique et de chômage des années 30), mais avec seulement une "pièce" à la fin de la semaine ou de la quinzaine, selon le bon vouloir du patron.
Les discussions vont bon train sur les chantiers. Dans ces années de 1933 à 1936, un bouillonnement d'idées anime les débats. On y parle du fascisme en Italie, de celui qui fait son "trou" en Allemagne avec Hitler. A Bordeaux, les groupes fascistes qui comptent 5 000 adhérents s'agitent : Jeunesses patriotes, Camelots du Roi, Action Française, multiplient les manifestations et démonstrations. Le Parti communiste, dont les idées percutent chez les ouvriers du bâtiment, déploie une grande activité. Les mots d'ordre pour le pain, la paix, la liberté, contre la guerre et le fascisme, vont droit au coeur de ces ouvriers où les notions d'indépendance parfois anarchisantes sont fortement ancrées et prédisposent à des cheminements vers la révolte.
Le mouvement syndical de la CGT unitaire, bien que peu organisé, y a naturellement sa place et la réalisation de l'unité syndicale des grandes grèves de 1936 va fortement faire évoluer les idées révolutionnaires et marquer Zézé.
Il adhère aux jeunesses communistes, groupe "Maxime Gorki" fin 35 - début - 36, et s'engage tout de suite dans une activité militante. Tous les dimanches matins, il parcourt le quartier des Capucins puis sur les fossés (cours Victor-Hugo), où les Bordelais vont faire leur petite sortie, c'est un lieu idéal pour retrouver les copains, discuter des événements et bien sûr, faire avancer les idées révolutionnaires en vendant le journal des jeunesses communistes.
Le service militaire suivi par la mobilisation pour la guerre de 1939 I'éloignera pendant presque trois ans de cette activité débordante qui le passionnait. Il est démobilisé le 1er octobre 1940. Le dimanche matin. sur les fossés, il retrouve les copains engagés dans l'action clandestine. Il n'est plus question de vendre "AvantGarde" à la criée, elle n'est plus qu'une page ronéotypée et il faut se cacher pour la transporter, la faire circuler. Le voilà tout de suite lancé dans l'action clandestine.
Entre temps il s'est marié, a un enfant, et habite rue des Allemandiers, il n'a pas quitté le quartier des Capucins ou de Saint-Michel, mais ces longues années d'absence perturbent sans doute le ménage et il se retrouve seul avec son enfant qu'il met en nourrice à Cenon et retourne habiter chez sa mère rue Hugla.
La police n'a pas perdu sa trace. Il travaille en ce début juin 1940 sur un chantier au Pont-de-La-Maye. Le 9, prétextant un malaise, il quitte le chantier, il doit transporter un colis important. La police est aux aguets mais elle perd sa trace et il peut retrouver à midi dans un restaurant du Pont-de-La-Maye deux militants clandestins.
La perquisition le soir chez sa mère ne donne rien, il est absent, il sera arrêté le lendemain 10 juin.
Astreint à "résider", au camp de Mérignac, il sera sur la liste des otages avec le numéro 23, fusillé à Souge Ie 24 octobre 1941.
