BRUNET
Joseph Ludovic Eugène

- Né Ie 2 novembre 1883 à Saint-Junien Haute-Vienne.
- Demeure à Bordeaux, 28 bis, rue Achard.
- Arrêté le 22 novembre 1940,
- Interné au 24, quai de Bacalan à Bordeaux, puis au camp de Mérignac.
- Fusillé le 24 octobre 1941 à 58 ans, numéro 49 sur la liste générale des fusillés
.

Joseph est un de ces vieux militants révolutionnaires levés avant le jour. Adhérent du Parti socialiste, il est de la majorité du Congrès de Tours en 1920 qui décide de I'adhésion à la Ille Internationale et de la fondation d'un parti communiste.

Ouvrier électricien, il se fait respecter pourtant par ses employeurs qui n'apprécient guère son esprit revendicatif , sa force de conviction pour entraîner ses compagnons à demander de meilleurs salaires. Il n'y a pas de conventions collectives, d'où la disparité des salaires dans une même corporation. Seul le rapport de forces existant dans l?entreprise entre les ouvriers et le patron détermine la rémunération. Joseph, qui n?accepte pas ce qu'il considère être une exploitation des travailleurs, les incite donc à être plus exigeants. Cela se traduit souvent pour lui par le licenciement. Ainsi, en 1930, il travaille à Bayonne pour le compte d'une entreprise d?électricité ; Les ouvriers se mettent en grève, ce qui est peu courant dans cette période de crise économique. Pour rendre la grève plus efficace Joseph, à I'exemple des ouvriers britanniques, organise un piquet de grève. Il se heurte là à la sacro-sainte « liberté » et le tribunal le condamne le 11 juin pour entrave à la liberté du travail.

Il est très estimé dans ce quartier de Bacalan, apprécié pour son enthousiasme, sa sincérité, il est souvent aux portes des entreprises à la débauche pour y prendre la parole, faire connaître aux ouvriers le vrai visage du fascisme qui se cache derrière la phrase démagogique sur la misère et le chômage. La pellicule sociale masque, si I'on gratte un peu, I'intolérance, la xénophobie, la dictature par a terreur des grands trusts soucieux de défendre leurs privilèges et de maintenir leur domination un moment ébranlée par I'exemple de la révolution Russe.

- Les usines de Bacalan, la population, seront aux avant-postes lors de toutes Ies manifestations pour mettre à la raison Ies ligues fascistes. Contre le fascisme et la guerre, pour le pain, la paix et la liberté, ces mots-d'ordre animeront Ies grèves, Ies réunions publiques.

- Le digne et respectable père Brunet, avec sa barbe de patriarche, ne cache pas sa joie et son émotion lorsque, en juin 1936, Ies drapeaux rouges sont au fronton de toutes Ies usines occupées par Ies ouvriers et que pointe la victoire avec Ies accords Matignon.

Il reçoit la plus grande récompense de ces dures années d'efforts, de sacrifices de, patience et de persévérance. Les idées transmises, confrontées à la réalité, se sont emparées de la masse des ouvriers qui en ont fait une force irrésistible. Joseph est heureux de n'avoir pas négligé la jeunesse porteuse d'avenir en se consacrant à la prise en charge dès 1926 des pupilles dont il est Ie président. Ces filles et ces garçons, enfants de militants, venus le jeudi et Ie dimanche à la maison du peuple écouter ses récits sur la vie et la lutte des ouvriers pour plus de justice, plus de liberté, plus d'égalité, dans tous Ies domaines. Il leur a " communiqué son admiration pour la Révolution Française de 1789 , 93 , ces sans culotte de Valmy, invincibles parce qu'animés par leur amour de la République et de la liberté. En 1936, ils sont devenus majeurs, il les retrouve dirigeant Ies grèves, artisans de l'unité syndicale, portant dans Ies manifestations la banderole « à bas Ie fascisme », « libérez Taëlmann », ce dirigeant du Parti communiste Allemand emprisonné en 1934 et assassiné en 1945 à Buchenwald quelques jours avant la libération du camp.

Il sera de la rafle le 22 novembre 1940.

Poinsot précisera dans son rapport au préfet la personnalité de Joseph : « En période électorale notamment, il était désigné par Ie parti pour appuyer la campagne du communiste et porter la contradiction aux candidats des autres partis. Intelligent et cultivé, était en vue "dans Bordeaux et ses alentours".

"Vieux militant de la première heure, sans interruption, ses sentiments actuels sont inchangés, il ne s'en défend pas d'ailleurs".

- Son épouse sans travail et sans ressources ne perçoit que 5 francs par jour, soit une heure de salaire, et pourtant elle trouve le moyen, grâce à la solidarité dont elle est entourée de Ia part de Ia population du quartier, de porter chaque semaine un peu de nourriture à Joseph pour améliorer l'ordinaire du camp. Elle demande la libération de son mari dans une lettre au préfet. Celui-ci répond le 6 juin, profitant de l'occasion pour exercer un chantage :

"Il sera possible d' envisager la libération de votre mari lorsque celui-ci aura donné des preuves tangibles de son renoncement aux idées extrémistes et mots d' ordres propagés par a Ille Internationale".

Le préfet Alype a transmis le dossier, à la Feldkommandantur Ie 28 février 1941. Sa conclusion ne laisse aucune équivoque :
"Vieux militant du parti depuis sa formation, ses sentiments politiques sont inchangés, et il ne s'en défend pas. Aussi faut-il le considérer comme un ennemi du régime prêt à participer activement, Ie cas échéant, à une action révolutionnaire".

Joseph Brunet est fusillé le 24 octobre 1941 au camp militaire de Souge.