
CHARLIONNET Charles Alfred
- Né Ie 10 juin 1985 à Sarlat - Dordogne.
- Demeure 68, avenue Dubreuil à Bègles.
- Fusillé le 24 octobre 1941 à 56 ans, numéro 20 sur la liste générale des fusillés.
Alfred, on l'appelle plus facilement Charlot, est un ancien combattant de la guerre 1914-1918 durant laquelle il a reçu plusieurs blessures. Il est pensionné à 75 %. Il s'y est conduit courageusement, ce qui lui vaut de nombreuses décorations : Croix de guerre avec une étoile de bronze et une étoile d'argent, deux citations, une à l'ordre du régiment, l'autre à l'ordre de la division.
Très tôt, il adhère au Parti communiste, en 1924. Avec le recul, la guerre lui apparaît comme une monstrueuse machination visant à détruire Ies hommes pour le plus grand profit de quelques-uns qui, au nom de I'état, servent Ies intérêts des marchands de canons. Il est un fervent animateur des manifestations pour la paix, contre la guerre et Ie fascisme. Tout ce qui peut asservir I'individu le révolte. Ferblantier de métier, dans Ies diverses entreprises où il est embauché, il s'efforcera de convaincre les travailleurs de la nécessité de s'unir au sein de la CGT unitaire et d'agir pour améliorer leurs conditions de travail et de vie. Il devient ainsi secrétaire de Ia Xllle région de la CGT unitaire...
Il y déploie une grande activité sur le terrain, c'est-à-dire à la porte des entreprises pour s'adresser aux ouvriers.
La police veille au maintien de 'l'ordre établi", Ies tribunaux aussi. Le 9 août 1929, il est condamné à quatre mois de prison pour "provocations à I'attroupement et infractions aux lois du 7 juin 1848 et 3 août 1891''. Charlot en fait à nouveau Ies frais. Le 29 juillet, il est condamné à huit mois de prison et 100 francs d'amende pour provocation au meurtre.
Après la démission de Léon Blum de la présidence du gouvernement de front populaire, la bataille se durcit, Ies libertés sont remises en cause, la bourgeoisie et son gouvernement Daladier ne tolère pas ce qu'elle appelle la propagande séditieuse.
Il poursuit parallèlement une activité politique et devient membre du comité régional du Parti communiste et sera présenté candidat à Bordeaux aux élections municipales en 1935.
Lorsque le Parti communiste est dissout en septembre 1939, il n'y aura pas d'interruption d'activité. Charlot regroupe les militants non mobilisables et poursuit I'information à la population de Talence. Mais en mai 1940 il est impliqué avec Villanova et Bendou dans une distribution de tracts, son domicile perquisitionné, sa bibliothèque et la majeure partie des archives de la section du Parti communiste de Talence sont saisis. Il fait une nouvelle fois son entrée au Fort du Hâ.
En raison de l'avance des troupes Allemandes qui vont faire leur entrée à Bordeaux, les détenus politiques non encore jugés sont transférés à la prison de Pau, dont Charlionnet.
Le tribunal militaire de Bordeaux s'y est aussi replié et il le condamne le 31 août 1940 à deux ans de prison pour infraction au décret du 26 septembre 1940.
Son état de santé s'est beaucoup aggravé ces dernières années. Il bénéficie d'une grâce médicale le 15 novembre 1940 et le voilà de retour à Talence.
Le commissaire de police de Talence veille. Le 12 décembre 1940, il fait un rapport au préfet 1'informant "d'importantes distributions de tracts à Talence" et après avoir fait état du retour de Charlionnet signale que "sa présence dans cette ville constitue un danger".
Le 14 décembre, il est à nouveau arrêté, nouvel interrogatoire et internement au camp de Mérignac. Charlot s'est refusé à donner les noms de ses camarades de Talence susceptibles de se livrer à la distribution de tracts.
En transmettant son dossier à la feldkommandantur , le préfet précise dans son rapport qu 'il est "fourbe et menteur" et rappelle que la police spéciale l'a classé "agitateur professionnel susceptible de provoquer des actes de rebellion".
Son état de santé ne cesse d'empirer, aussi est-il à nouveau libéré le 6 février 1941 et astreint à résidence forcée au Haillan en Gironde (il est considéré comme indésirable à Talence).
Au camp de Mérignac, les évasions continuentde s'organiser. Après celles de Izaute dit Leray, ancien responsable du syndicat des métaux et Laporte des menuisiers ébénistes, c'est le tour de André Lecourt, secrétaire adjoint des jeunesses communistes et Daniel Williams, un des responsables du Parti communiste clandestin en 1939. Ils s'évadent le 20 septembre 1940.
En représailles, le préfet fait arrêter et interner au camp vingt otages dont l'épouse et la fille de Williams, le père et la mère de Lecourt, (cette dernière est aveugle).
Charlionnet est du nombre, malgré son état de santé. Quand il quittera le camp, ce sera pour la dernière fois, en montant dans un camion allemand.
Alfred Charlionnet est fusillé le 24 octobre 1941 au camp militaire de Souge.