DUFFAU Lucien dit René
- Né le 1er novembre 1906 au Bouscat (Gironde).
- Demeure 9 rue de la Prairie à Bordeaux
- Arrêté le 13 décembre 1941
- Condamné à mort le 9/9/42
- Fusillé le 5 octobre 1942 à l?âge de 36 ans
Lucien, ouvrier hautement qualifié, s'engage très tôt dans l'activité militante au Parti Communiste en 1934. Membre du secrétariat' régional, reconnu pour la qualité de ses analyses politiques et son sens de l'organisation, lorsque le bureau de la fédération de la Gironde décide la parution d'un hebdomadaire le 1er janvier 1936 "La Gironde Populaire", il est choisi pour en être le Rédacteur en chef.
Sous son impulsion le journal s'impose vite, son tirage ne cesse de croître grâce à un réseau très dense de diffuseurs qui sillonnent chaque dimanche matin les rues de Bordeaux et lieux de rassemblement ainsi que les communes de la région bordelaise. Le nombre de ses abonnés lui assure une assise financière non négligeable.
Lucien avec le journal contribue au développement du sport populaire. En novembre 36 le Cross de "La Gironde Populaire" au parc bordelais regroupe plusieurs centaines de sportifs, des minimes aux vétérans. C?est la première grande manifestation sportive populaire en Gironde.
Lucien déploie aussi ses talents de journaliste. Il mène l'enquête. En novembre et décembre 37, il écrit une série d'articles sur les agissements d'un grand entrepreneur de travaux publics de Bordeaux LECAN (il a obtenu l'adjudication pour la construction des hangars qui longent les quais de la Garonne à Bordeaux). Ce monsieur respectable dans la bourgeoisie bordelaise, a constitué le Parti Populaire français (PPF). Calqué sur le modèle des fascistes hitlériens, il embrigade quelques-uns uns de ses ouvriers. A l'expérience, les yeux s'ouvrent et un certain nombre d'entre eux apposeront sur les murs de la ville une affiche révélant les agissements de Doriot(1) dans le PPF qui parle de "futur état totalitaire, basé sur l?entente avec Hitler, Mussolini et Franco. Lucien dévoile dans cette enquête les dessous de l'organisation fasciste animée nationalement par Doriot.
Lucien ne se contente pas de dénoncer les fascistes en France et d'apporter son soutien, dans le journal, aux Républicains espagnols qui se battent dans un combat inégal contre les Franquistes soutenus par l'aviation et les chars de Hitler et de Mussolini ; il s'engage dans les Brigades Internationales. Blessé au combat, il rentre en France et reprend sa place à la direction de la fédération de la Gironde du PC.
Naturellement la police a suivi son itinéraire et le 22 novembre 1940, il est sur la liste des 150 militants communistes qui doivent être arrêtés par mesure "préventive" mais il a pris le large. De Saugnac dans les Landes, il dirige la lutte clandestine régionale, intégrant les Landes, la Gironde et la Charente. La propagande communiste contre l?occupant se développe dans les Landes et la découverte de tracts à Mimizan et à Ste Eulalie attire Inattention de la police spéciale. Dans un rapport au Préfet, celle ci, le 9 juin 41, signale "les époux Duffau, ex militants très actifs, résidant à Saugnac comme susceptibles de participer à cette propagande.
Son épouse, née Badie Françoise Andrée, Dédée pour tous les militants communistes est arrêtée aussi. Elle a été secrétaire pour la Gironde de l'Union des Jeunes Filles de France, qui était la branche féminine des Jeunesses Communistes. Secrétaire dactylo de métier, elle assurait le secrétariat d'Henri Chassaing secrétaire du Parti Communiste en Gironde. Dédée, qui de son côté a participé à des liaisons entre les divers responsables de la résistance communiste est condamnée à 5 ans de travaux forcés et 20 ans d'interdiction de séjour par la section spéciale de la cours d'appel de Bordeaux le 3 janvier 1942. Elle est déportée à Ravensbrück et affectée dans un commando en Tchécoslovaquie.
Pour Lucien ce sont les longs interrogatoires, confrontations, tortures... L'enquête dure 10 mois. Devant ses bourreaux, Lucien observe le silence, il conserve son calme tranquille et la sérénité d'un homme qui a fait en s'engageant dans la lutte, le sacrifice de sa vie. Le 9 septembre1942 il est condamné à mort. Quand il apprend l'heure de son exécution, il écrit à sa femme, aussi vaillante et courageuse que lui ; elle se trouve à ce moment là à la prison centrale de Rennes.
"On vient de m'annoncer que je serai exécuté dans quelques heures. En vérité, je m'attendais à ce dénouement depuis le jour de mon arrestation. Aussi, est-ce avec le plus grand calme que j'aborde ce moment. J?ai devant moi les photos que tu m'as adressées et dans ma pensée se déroulent tous les moments heureux de notre vie commune. Rien que pour ces moments, je puis quitter la vie sans tristesse, à plus forte raison quand viennent s?y ajouter les motifs pour lesquels je meurs et lorsqu'on aperçoit la victoire poindre à l?horizon, fruit de notre effort... Je te supplie de ne pas être triste, que mon souvenir te soit au contraire une source de réconfort en attendant les beaux jours... (la censure est encore passée par là)... Et mon dernier cri sera vive la vie !"
Lucien DUFFAU est fusillé le 5 octobre 1942 au Mont Valérien.
(1) Doriot : Ancien maire communiste de St Denis renie son parti et s'engage avec les fascistes au service de l'Allemagne durant l'occupation.
