GAYRAL
Armand Antonin José


- Né Ie 17 août 1905 à Saint-Marc, commune de Piquecos - (Tarn-et-Garonne).
- Demeure 89, cours d'Ornano à Mérignac - Gironde.
- Arrêté le 22 novembre 1940, interné au 24, quai de Bacalan, puis au camp de Mérignac.

- N° 44 sur la liste générale des fusillés
.
- Fusillé le 24 octobre 1941 à 35 ans,

Armand travaille à la compagnie des TEOB (Tramways électriques et omnibus de Bordeaux) après son service militaire en 1930. Il est conducteur de tramways (Watman), a des horaires perturbant la vie de famille, levé tôt le matin pour finir souvent tard le soir. Il pense possible d'aménager des horaires de travail conciliables avec les obligations d'un père de famille de deux jeunes enfants.

Il comprend vite l'inefficacité des démarches personnelles auprès de la direction et l'utilité d'une action concertée, regroupant tout le personnel. Il adhère au syndicat CGT unitaire, celui-ci paraissant le plus combatif . Mais Armand aspire à d'autres conditions de vie, l'injustice le révolte, il voit autour de lui la misère des familles nombreuses dont les allocations familiales permettent à peine la survie, il veut changer: cette société. En 1932, il adhère au Parti communiste et va compléter son activité syndicale par son action politique à Mérignac et à l'entreprise où la lutte antifasciste prend corps.

Le 12 février 1934, lors de la grève nationale, les tramways sont restés au dépôt. Armand y a largement contribué. Il sera un animateur de l'occupation de l'entreprise en 1936 d'où sortiront en plus des 40 heures par semaine et des congés payés, une augmentation de salaires de 14 % et une convention collective.

Il devient membre du Comité régional du Parti communiste et diffuseur de la "Gironde Populaire", le quotidien de la Gironde. Il y écrit régulièrement des articles dans lesquels il rapporte les événements au TEOB.

Depuis 1936, le syndicat diffuse un journal mensuel "Le Trolley", Armand en est l'animateur principal.

Mais si toute les actions contre le fascisme et la guerre ont réussi à éviter le fascisme, elles n'ont pas évité la guerre. Il est mobilisé le 28 août 1939 au RJR-181, 11e Compagnie. A l'armée, cantonné à SaintAndré-de-Cubzac, car il a maintenant trois enfants, les discussions vont bon train. Chacun sent confusément que la guerre n'a pas l'air de se faire contre Hitler. Les ballons de rugby , les chanteurs aux armées, soi-disant pour maintenir le moral de la troupe, et le matériel qui manque, la DCA peu efficace... Ses supérieurs font un rapport qui motive une information judiciaire, il est accusé de propos défaitistes.

La Compagnie est tenue au courant. Elle l'informe le 7 mai 1940 : "Qu'étant mobilisé, vous avez encouru une sanction motivée par des actes susceptibles de servir de propagande de parti dissout, et de nuire aux intérêts de la défense nationale, nous nous voyons dans l'obligation, en conséquence, par application du décret du 9 avril 1940, sanctions administratives encourues par Ies fonctionnaires et agents des services publics ou concédés qui se livrent à une propagande de nature à nuire à la défense nationale, de prononcer votre révocation immédiate".

Lorsqu'il est démobilisé le 2 août 1940, la Compagnie lui refuse sa réintégration et il va faire Ies vendanges pour subvenir aux besoins de sa famille, mais il rentre tous Ies soirs à bicyclette, sa femme est décédée et il est seul pour s'occuper de ses enfants.

II est arrêté le 22 novembre 1940, la police saisit à son domicile plusieurs journaux et brochures, du papier à duplicateur et une nombreuse correspondance. Au 24, quai de Bacalan, il subit un deuxième interrogatoire par Ie commissaire spécial Poinsot. Il n'a pas, dit-il, "à se désolidariser du Parti communiste, puisqu'il n'existe plus", remarque pertinente que Poinsot n'apprécie pas. Il rapporte au préfet : "Le cynisme de son attitude, l'impertinence de ses réponses démontrent qu'il est Ioin d'être un citoyen respectueux des institutions de son pays".

Armand a beaucoup d'inquiétude pour ses enfants maintenant dispersés. L'ainée, 12 ans, est chez Ies grands-parents, Marc, 10 ans, a été placé par Ie service social à la colonie enfantine Lecocq à Léognan, la cadette, 6 ans, en pension chez une amie rue Camille Sauveageot à Bordeaux. Il perçoit 4 francs par jour pour chacun des enfants qu'il répartit scrupuleusement. Il reste Ie loyer à payer ; 150 francs par mois s'il ne veut pas être expulsé. Il demande les 5 francs par jour auxquels il aurait droit en tant que chef de famille. Il ne reçoit pas de réponse.

Le 29 janvier 1941, le préfet informe la Feldkommandantur de l'interrogatoire avec un complément : "II se refuse à désavouer la propagande illégale actuelle et demeure totalement acquis aux doctrines bolchéviques. Ainsi que l'établissent Ies renseignements complémentaires recueillis, Gayral envisage l'instauration de la dictature prolétarienne par Ie recours à la force et serait prêt à participer à une révolution".

"En résumé, de tous Ies individus internés le 21 novembre 1940, Gayral apparait comme le plus dangereux".

Armand Gayral est fusillé le 24 octobre 1941 au camp militaire de Souge.