GEMIN Pierre Jean
- Né le 9 juin 1921 à Caudrot - (Gironde)
- Demeure à Caudrot
- Arrêté le 9 août 1941
- N° 74 sur la liste générale
- Fusillé le 13 juillet 1942 à l?âge de 21 ans
Pierre fréquente l'école laïque de Caudrot et puis le lycée de la Réole. Après le bac il entre au lycée Montesquieu à Bordeaux puis au lycée St Louis à Paris où attiré par l'aviation il prépare l'école de l'Air. C'est là qu'il assiste, la rage au coeur à l'entrée des allemands dans Paris et rencontre le mouvement patriotique étudiant.
Les étudiants communistes sont organisés dans la plupart des grandes écoles, lycées et facultés. L'UNEF dirigée par François Lescure épurée des éléments pétainistes regroupe les étudiants et lance l'idée d'une manifestation patriotique le 11 novembre à l'Arc de Triomphe. Radio Londres diffuse la nouvelle. L'arrestation du Professeur Langevin, antifasciste connu, le 30 novembre 1940 servira de détonateur. L'UNEF tire un tract clandestin largement diffusé. Il appelle à une manifestation les 8 et 11 novembre (1). Après le 8 un nouveau tract rédigé par un communiste et un gaulliste s'adresse aux étudiants "Tu iras honorer le soldat inconnu à 17h 3O. Le 11 novembre 1918 fut le jour d?une grande victoire. Le 11 novembre 1940 sera le signal d?une plus grande encore. Tous les étudiants sont solidaires pour que vive la France. (Recopie ces lignes et diffuse les)" (2)
Pierre est parmi les étudiants regroupés par écoles ou facultés qui débouchent vers les Champs Elysées. Les Allemands tirent, il y a au moins un mort et des blessés, plus de cent arrestations. En raison de sa participation à cette manifestation il est chassé de l'établissement avec d'autres étudiants. Les facultés sont fermées pendant cinq semaines il retourne à Caudrot et comme beaucoup de jeunes passe en Espagne pour trouver le chemin de l'Angleterre.
Au Consulat d'Angleterre à Bilbao où il pense pouvoir s'engager dans l'aviation alliée, c'est une fin de non-recevoir, son jeune âge en est peut être la raison. Il rentre en France et rejoint le réseau Chabor animé par des officiers du 2ème Bureau.
Il accomplit de nombreuses missions de renseignements notamment sur la côte atlantique où les Allemands construisent des fortifications pour pallier le débarquement des alliés. Il prendra en charge aussi des officiers anglais pour les convoyer en Espagne. Il passait souvent la ligne de démarcation dans cette région du Langonnais qu'il connaissait bien. Ces différentes missions le conduisirent un après midi du 9 au Café de Arts Cours Victor Hugo à Bordeaux où un employé devait lui remettre des renseignements. La police informée était au rendez-vous.
Il est incarcéré au Fort du Hâ au rez-de-chaussée du quartier cellulaire. Couplées par deux de chaque côté de la rangée, huit cellules dont le sol est cimenté, sans ouverture, le cachot ou "mitard". Elles possèdent seulement un lit. Accusé d'espionnage Pierre y est enfermé, un pied enchaîné au lit.
On peut imaginer les sévices qu'il a endurés durant les interrogatoires "musclés" par les policiers de Poinsot. Les souffrances physiques et morales lorsqu'après être sorti des griffes de ses sbires il se retrouvait seul dans ce cachot. Le calvaire a duré 11 mois durant lesquels il resta muet, avant d?être traduit devant un tribunal militaire allemand qui le condamne à mort.
C'est ce jour là seulement au début juillet 42 qu'il est transféré dans une cellule "normale" où il retrouve 3 autres détenus. C?est l?un d?eux, Pierre Vallée, qui portera à ses parents la lettre de Pierre écrite quelques heures avant sa mort, et racontera ses derniers jours au Fort du Hâ.
Voici un passage de cette lettre :
"Nous aurions pu être si heureux tous les quatre. Le sort en a décidé autrement. Au fond quand on y réfléchit bien, la vie n?est qu?une continuelle souffrance puisqu?il faut mourir un jour ; en mourant jeune on n?a pas le temps de souffrir beaucoup. Je vous répète encore, la mort ne me fait pas peur, et de ce côté là je ne suis pas à plaindre ; je vous supplie, je te supplie maman chérie, d?être courageuse, d?accepter la fatalité. Je sais que ta vie va être brisée, mais je te demande, au nom de l?amour immense que j?ai pour toi, au nom de celui que tu me portes, de ne pas sombrer dans un noir désespoir et de ne plus trouver goût à rien. ( ... )
Soyez forts et courageux pour moi. Reportez sur mon frère tout l'amour que vous me vouez. Essayez de m'oublier en vous disant : Notre Pierrot est mort, pour une noble et grande cause. Sa mort n'a pas té inutile il le savait en mourant. Il nous avait demandé d'accepter la fatalité avec résignation et pensait que nous ferions encore pour lui ce dernier sacrifice, la mort ainsi lui aura été plus supportable."
Pierre Gemin est fusillé le 13 juillet 1942 au camp militaire de Souge.
(1) Albert Ouzoulias, "Les fils de la Nuit"
(2) "La revue d'histoire de la seconde guerre mondiale" n°47, juillet 1962.
