GRANET Lucien
- Né Ie 29 mars 1900 à Cenon - Gironde.
- Demeure à Cenon, 7 , rue Denise.
- N° 37 sur la liste générale des fusillés.
- Arrêté le 14 décembre 1940,
- Interné au 24, quai de Bacalan à Bordeaux, puis au camp de Mérignac.
- Fusillé Ie 24 octobre 1941 à 41 ans
Lucien est grutier au Port autonome de Bordeaux. Ardent partisan de l'unité syndicale, il contribue à construire sur le port un solide syndicat de la CGT unitaire, dont il est le secrétaire adjoint. Les revendications économiques sont une préoccupation majeure dans ces années trente, où la crise économique a pour conséquence la réduction très sensible du trafic sur le port. Pourtant, la venue au pouvoir de Mussolini en Italie, l'agitation des bandes fascistes hitlériennes inquiètent, surtout qu'en France et sur le port, les fascistes recrutent des nervis avec lesquels ont lieu parfois de sévères frictions. C'est dans ce combat contre la guerre et le fascisme que Lucien se détermine en donnant son adhésion au Parti communiste au début de 1934. Il est habitué à prendre la parole sur le port pour s'adresser aux dockers ou aux ouvriers des ateliers.
A Cenon, il se révèle être un organisateur et un propagandiste convaincant du Parti communiste. Après avoir été secrétaire de la cellule de Cenon, il devient secrétaire de la section. Celle-ci compte vingt-cinq cellules car y sont rattachées des communes des environs. Il tient souvent des réunions à la salle du "Moulin bleu" sur l'avenue Thiers, siège de la section.
Il a deux enfants, se préoccupe de leur instruction, il a de fréquentes relations avec les instituteurs et devient secrétaire du comité des parents d'élèves. La grève nationale du 12 février 34, pour protester contre l'émeute fasciste du 6 février est unanime sur le port. Les entreprises de la rive droite ont fait une pré-manifestation le matin en partant des chantiers de la Gironde, sur les quais, elle remonte l'avenue Thiers jusqu'au Moulin bleu, drainant sur son passage les ouvriers qui se mettent en grève. Ils sont des milliers à midi à se donner rendez-vous pour la manifestation de l'après-midi.
Un instituteur de Bruges, Camille Maumey, fait la grève et manifeste avec ses élèves. Le commissaire du Bouscat instruit la plainte de quelques parents. L'instituteur est déplacé à Cenon et traduit devant le Tribunal correctionnelle 20 avril. Lucien Granet alerte les parents d'élèves . Ils sont 250 à la réunion du soir le 19 à décider la grève scolaire pour le lendemain. 500 élèves en grève le 20 avril, du jamais vu. 300 élèves manifestent et réclament la relaxe pour l'instituteur. L'épouse de Lucien, qui a participé à cette manifestation, est à son tour traduite devant le tribunal correctionnel le 21 juin. A la suite d'une provocation, elle est accusée de "violences sur enfants" et "violations de domicile".
La police à suivi son itinéraire, il est arrêté le 14 décembre 1940. Le commissaire spécial a noté sur ses fiches pour transmettre au préfet : "il a été dans le secteur de Cenon un militant de premier plan, jouissant de la confiance du Comité régional, en raison du dynamisme qu'il prodiguait". "Intelligent, volontaire, ayant la parole facile, il exerçait une influence prépondérante dans Ia section de Cenon dont il était Ie secrétaire".
Quelques semaines avant son arrestation, la maison familiale a subi des dégâts importants lors d'un bombardement anglais, Ie 10 novembre 1940. Hébergée chez son frère avec ses deux enfants, sa femme demande au préfet la libération de son mari pour effectuer Ies réparations. Le préfet laisse la porte ouverte en manière de chantage : "Il me sera possible d'envisager la libération de' votre mari lorsqu'il aura donné des preuves tangibles de son renoncement aux idées extrémistes et aux mots d'ordre propagés par, la IIIe Internationale".
Sa fille se marie le 11 octobre 1941, Lucien demande au moins la permission de I'accompagner : permission refusée.
Le préfet a transmis le dossier à la Feldkommandantur . Il précise la personnalité de Lucien : "Ses interventions au Comité régional montrent qu'il est complètement acquis à la cause de ce parti et qu'il ne manquera pas une occasion de se livrer à une propagande révolutionnaire dans tous Ies milieux où il pourra se trouver".
"Très adroit, beau parleur, il constitue un danger pour l'ordre public".
Lucien Granet est fusillé Ie 24 octobre 1941 au camp militaire de Søuge.