Prisons & lieux d’internement

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Ils ont été nombreux dans notre région. Nous n’évoquons ici que les principaux lieux où ont été internés les fusillés de Souge.

« Foyer des Émigrants » 24 quai de Bacalan (Bordeaux)

Utilisé avant la guerre pour l’hébergement des émigrés en partance pour les colonies, ce bâtiment aux murs aveugles est réquisitionné par le préfet pour recevoir les communistes arrêtés par la police de Vichy, notamment les 148 de la rafle du 22novembre 1940. Le Foyer est vite saturé d’où la construction du camp de Mérignac.

Camp de Mérignac (Photo SR)
Un mirador du camp de Mérignac.
© ASFS
Groupe de prisonniers au camp de Mérignac-Beaudesert
Un groupe de prisonniers du camp
© ASFS

Camp de Mérignac (Gironde)

C’est de ce camp que partiront nombre de fusillés à Souge, mais aussi de déportés vers les camps de concentration. Entre les détenus politiques, les résistants de toutes sensibilités, les Juifs et autres exclus, de 1200 à 1700 personnes (selon les sources) y ont été internées.

Il était situé au lieu-dit Beaudésert ; seule une stèle signale aujourd’hui son existence, le site est devenu une zone industrielle.

Ce camp, créé en octobre 1940 pour les nomades sur injonction allemande mais sous administration française, va d’abord rassembler ceux de la Gironde. Les trois cents personnes regroupées sont transférées trois mois plus tard au camp de Poitiers (beaucoup d’entre eux seront déportés en janvier 1943 en camp de concentration).

Le préfet Pierre-Alype, qui devant « la recrudescence de la propagande communiste » organise arrestations et rafles, n’a plus suffisamment de place au 24 quai de Bacalan où sont internés les résistants. Il crée donc en avril 1941 pour l’internement des communistes, le « Centre de Séjour Surveillé » de Mérignac.

Le camp, avec ses baraquements à l’installation sommaire et l’hygiène précaire, est fermé par une clôture en bois surmontée de deux rangées de fils de fer barbelés. La surveillance est assurée par la gendarmerie, chargée des internés politiques (communistes et autres), et des gardes civils pour les autres catégories (juifs, républicains espagnols, repris de justice).

Les internés politiques, pour garder le moral et maintenir l’esprit de résistance, vont très vite organiser des activités sportives et culturelles (orchestre, chant, cours d’espagnol, de poésie…). Les luttes aussi se développent (grèves de la faim, pour obtenir la libre circulation dans le camp ou des améliorations de l’ordinaire ; minute de silence pour les fusillés du 24octobre 1941…) ; entre autres André Lecourt et Daniel Williams, ancien secrétaire de la Gironde du PCF, réussissent à s’évader ;d’autres tentent de suivre leur trace, dont Georges Durou (trois tentatives d’évasion en 1942).

Le 26 août 1944, les derniers internés sont libérés par la Résistance. Le camp va maintenant accueillir les collaborateurs en instance de jugement. De 1946 à 1948 il devient un lieu de détention pour les étrangers « illégaux ».

Il est définitivement désaffecté en 1957.

Le « Fort du Hâ » (Bordeaux)

Cet ancien palais du duc de Guyenne au XVe siècle, transformé en prison en 1790, est toujours un lieu de détention lors de l’arrivée des troupes d’occupation à Bordeaux en 1940. Les nazis vont réquisitionner les trois-quarts des locaux pour y enfermer les résistants. Ce « quartier allemand », placé sous leur seule responsabilité, sera isolé par un mur de brique du reste de la prison. Le « quartier français », lui, reçoit les détenus de droit commun et les détenus politiques arrêtés par la police de Vichy.

Il ne reste qu’une tour de l’ancien bâtiment. L’emplacement accueille aujourd’hui l’École Nationale de la Magistrature ainsi que le Mémorial de la Déportation.

Vue aérienne du "Fort du Hâ" (Bordeaux)
Vue aérienne du « Fort du Hâ », au premier plan le tribunal de Bordeaux
© DR
 
 
La caserne Boudet
La caserne Boudet rue de Pessac à Bordeaux
© DR

La caserne Boudet (Bordeaux)

Cette ancienne prison militaire française, réquisitionnée également par les autorités d’occupation, est une annexe du « quartier allemand » du Fort du Hâ. L’ancien casernier a témoigné, à la Libération, des sévices et tortures subis, dans ces locaux, par les résistants qui y étaient détenus.

Certains résistants ont eu à connaître successivement ces différents lieux d’enfermement. Ainsi Jo Durou, interné au « quartier français » du Fort du Hâ après son arrestation, a été transféré au 24 quai de Bacalan, avant de rejoindre le camp de Mérignac, puis conduit au « quartier allemand », d’où il est parti vers le camp de concentration de Sachsenhausen.

La Synagogue de Bordeaux

Après avoir été utilisée pour « parquer » les juifs arrêtés lors de la rafle du 10 janvier 1942, la synagogue, profanée, est dévastée.

Cependant, lors de l’arrêt du « train fantôme » à Bordeaux, fin juillet, les nazis décident de transférer les prisonniers, de leurs wagons vers deux autres lieux : pour les près de cinq cents hommes hommes ce sera la synagogue, dont ils repartiront le 10 août, sans leurs camarades qui ont été emmenés pour être fusillés à Souge le 1er août.

Intérieur de la synagogue de Bordeaux sous l'occupation
La synagogue de Bordeaux sous l’occupation
© Photo Centre Jean Moulin

La Rochelle :

Les 83 résistants du Groupe Honneur et Patrie arrêtés lors des coups de filets de septembre octobre 1943, sont internés dans l’ancien hôpital psychiatrique de Lafond à la Rochelle et dans la prison Saint Maurice de Rochefort. A Lafond, les détenus sont entassés dans les anciennes chambres des malades, minuscules, aérées seulement par un judas grillagé. Le mercredi 13 décembre, les parents venus apporter nourriture et vêtements à l’entrée de la prison, apprennent « qu’ils sont partis ». En effet très tôt le matin, des camions militaires ont emmené les hommes enchaînés au Fort du Hâ à Bordeaux.

Bergerac :

La caserne Chanzy de Bergerac occupée par les allemands depuis 1942 a servi de prison pour les résistants de Dordogne. 14 d’entre eux, arrêtés en juin juillet 1944, ont été transférés à Bordeaux pour être fusillés à Souge le 1er août 1944.