D’autres lettres sont écrites juste avant l’exécution,

Deux heures avant d’être passés par les armes, les otages désignés, les condamnés à mort, pouvaient parfois écrire une dernière lettre à leur famille. À condition de ne rien écrire de « politique ». Sans cela elles n’étaient pas envoyées. À notre connaissance cette pratique a été instaurée par les allemands à partir de 1942.
Ces derniers messages réaffirment très souvent les choix d’engagements résistants, le courage face à l’exécution. Elles sont des témoignages d’amour et d’encouragements vers l’avenir.

Elles figurent ci-dessous. Un clic sur le nom permet d’accéder à la biographie.

Ce sont celles, dans l’ordre alphabétique de François Abarrategui, Jean Gérard Argillos, Jean- François dit Marcel Aubourg, Roger Barbry, Albert Baudrillart, Raymond Bierge, Charles Bochard, Louis Boria, Maurice Bourgois, Pierre Cazalas, André Degain, Paul Desreumaux, Alain Domecq, Edmond Doré, Roger Espagnet, Robert Etchebarne, Gabriel Fleuraux, Pierre Gemin, René Gorichon, Jean Guillon, Prosper Guillon, Jean Itey, Joseph Kowalczyk, Maurice Lasserre, Louis Laverny, Ernest Lombart, René Mellier, Giuseppe Montanari, Robert Noutari, Jean-Baptiste Pomiès, Paul Puech, Jean Razeau, André Robert, Franc Sanson, Werter Saielli, Jean Sedze-Hoo, Henri Vinsonneau, Georges Vitrac, Pierre Wiehn, Michel Zarzuela


François ABARRATEGUI

FORT DU HA le 26/1/44
PETITE MERE,
Je regrette de tout cœur la peine immense que je vais te causer, ainsi qu’à toute la famille. Je vais être exécuté ce matin dans une heure ou deux.
Je pars sans peur et avec courage.
Je te souhaite de tout cœur d’être heureuse avec ROBERT a qui je serre cordialement la main, ainsi qu’à Roro et son petit frère.
Tu dois savoir pour quel motif je meurs. Les journaux t’en informeront. Je dois te dire que je n’ai pas souffert pendant ma détention. La nourriture au Fort du Hâ s’est de beaucoup améliorée grâce à l’aide de la Croix-Rouge et des Quskers.
Tu diras bien le bonjour de ma part à Marcouw lorsqu’il reviendra d’Allemagne, ainsi qu’à René la Panthère quand il sera de retour d’Autriche. Tu lui diras que je suis toujours le même.
Lorsque le moment sera venu, tu avertiras mon père et lui diras que je l’embrasse bien fort.
J’embrasse aussi RAYMONDE, JEANNETTE et SIMONE.
Je serre aussi mon vieux Jeannot sur mon cœur et lui souhaite d’être heureux
avec Raymonde. (phrase provenant d’une autre copie).
J’embrasse aussi ma vieille grand-mère et Parrain à qui je vais causer une peine immense.
À tous je vous quitte et vous dit adieu en vous serrant sur mon cœur
François Abarratégui

Copie de la transcription de sa dernière lettre


Jean Gérard ARGILLOS 

                                                                                                                                                  31/3/42

Cher Papa, Chère Maman
Il est environ 9h. Je viens de me confesser avec Monsieur le curé de l’Hôpital Saint André.
Je viens également de communier. Je part loing de vous en aportant de Vous votre souvenir si cher de toi ma mère, de toi mon père, de Yeyette et Sosso Klébert et ses petits chéris, sans oublier un baiser à tous mes oncles et tantes. Sachez que devant le poteau la mort ne fait pas peur, la mort ne fait pas trembler un Catholique Français. Je tiens à vous dire à toi maman et à toi papa il sera dur sans doute mais faites vôtre possible pour le petit afin qu’il ne soit malheureux.
Quant à ma Femme Chérie ma petite Renée Qu’elle se remarie dans quelques temps et qu’elle soit heureuse (Il faut comprendre qu’elle est jeune.
J’espère qu’elle tombera bien
Je vous adresse à tous de bien gros baisers se sont les derniers en ce monde. Que Dieu garde mon Âme
Gérard
Jean Gérard Argillos

Reproduction faite par Mme M. Argillos de la lettre écrite par son fils, Jean Gérard Argillos


Jean dit Marcel AUBOURG

Le 26.1.44
Mon cher René
C’est au seuil du grand voyage vert l’éternité que je te fais mes adieux. J’espère que tu seras très heureux avec ta charmante petite compagne que tu as choisie pour la vie, ta petite Hélène. Tu feras mes plus doux adieu à ta famille dont j’emporte les meilleurs souvenirs ainsi qu’à Pierrot Pujol, sa famille. A Pierrot Hirigoyen, à Paulette et à toute sa famille. A la famille Pellegris, où je prenais pension.
Tu feras mes adieu à tous mes camarades du patronage avec qui j’ai passé de bon moment. Après la guerre si ces possible, je te demanderais de faire le nécessaire pour que l’on me transporte à Bruges dans cette commune que j’ai t’en aimé, où j’ai passé toute ma jeunesse et que je considère comme mon pays, et cé là que je voudrais reposé. Tu feras aussi mes adieu à Roger Bichet et à sa famille. En même t’en qu’à toi je t’envoi une lettre pour ma sœur, que tu lui enverras, dont voici son adresse. Monsieur et madame Adrien Fonbaudeau St André de Cubzac Gironde
Je termine ma lettre en vous envoyant, à toi et à tous, mes plus doux baisers.
[signé] :
Tapinois

Transcription de sa dernière lettre


Roger BARBRY

« Mon cher bon papa et ma chère bonne maman et mes bons frères et soeurs,
Je vous écris aujourd’hui pour la dernière fois en de biens tristes circonstances. J’ai un prêtre avec moi et je vais, dans pas longtemps comparaître devant Dieu. Je viens de communier et j’ai bon courage. J’ai été condamné le 1er avril, avec mon camarade Ernest; nous avons demandé le recours en grâce qui n’a pas été accepté. Maintenant je vais mourir à cinq heures cet après-midi.
Je suis très courageux et mon camarade Ernest aussi.
Maintenant je dis au revoir à mon très bon papa, qui a été toujours très bon pour moi, et je remercie Dieu de l’avoir eu ; au revoir ma bonne maman, toi aussi tu as toujours été très bonne et j’espère que tu auras comme moi, papa aussi. On se reverra un jour au ciel avec Dieu ; ayez du courage. Je dis au revoir à ma bonne soeur Renée, à mon frère André, ma soeur Jacqueline, mon frère Pierre, ma soeur Marie-Rose, Thérèse, Christiane, ma filleule Geneviève, mon frère Jean et ma bonne petite soeur Yvette qui gardera sa poupée en souvenir de moi; au revoir mon beau-frère Gustave, ses enfants, Monique, Paulette et Yvonne; au revoir à grand-père, mon parrain, ma marraine, à tous mes oncles et tantes, mes cousins et cousines, enfin à toute la famille. Je souhaite à vous tous une bonne vie heureuse; ayez du courage et à bientôt.
J’ai laissé mon pardessus pour André; il n’y aura qu’à le retourner, il sera neuf; vous allez recevoir toutes mes affaires.
Je vous demande pardon de toutes les fautes que j’ai pu commettre dans ma vie.
Au revoir mes bons frères et soeurs, surtout protégez bien papa et maman car vous savez, ce sont de bons parents, les meilleurs du monde; je souhaite à vous tous une vie heureuse et prospère.
Je vous aime tous bien fort. Je remercie Dieu d’avoir eu de si bons parents et prierai beaucoup pour vous; surtout mes frères et soeurs, faites attention à papa et maman.
Je termine cette lettre qui est pour moi un calvaire.
Vous direz au revoir à mes amis, sans oublier M. l’abbé Dumez, qui dira une messe pour nous.
Maintenant je vais aller voir ta mère, papa, ta soeur, mon oncle Auguste, mon cousin Désiré, mon copain Henri et Germain, enfin tout le monde.
Voilà, c’est tout. Au revoir très bon papa, bon courage. Au revoir très bonne maman, ne maigris plus surtout, bon courage, on se reverra un jour.
Au revoir Renée; je te souhaite une vie heureuse, avec ta famille et ton bon petit mari Gustave, au revoir Jacqueline, au revoir André; on s’aime bien, va; bonne chance pour ton métier; au revoir Pierre, tu pourras avoir mes bottines de football; au revoir Marie-Rose, Thérèse, Christiane, ma filleule Geneviève; je ne peux pas te faire de cadeau, mais ça ne fait rien; au revoir Jean; ne désobéis pas trop à maman, elle est trop bonne; au revoir ma petite Yvette, fais bien ta prière et conserve bien ta poupée.
Enfin au revoir tout le monde. Je vous aime et vous ai tout le temps aimés. A bientôt bon papa, bonne maman, courage.
Votre fils et frère Roger
P.S. Surtout bon papa et bonne maman, ayez du courage. Dieu est là, il vous protégera, j’en suis sûr.
Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, merci beaucoup, je vous aime. Ayez du courage. Attention maman.
Mes frères et soeurs, faites bien attention à papa et maman, parce que vous avez de bons parents, vous pouvez remercier Dieu.
Au revoir, bon courage, je vous aime tous. »

Lettre extraite du site de l’association Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale.


Albert BAUDRILLART

Lundi 9 Mars 42
Ma chère Nadine,
Ma chère petite Monique,
Soyez courageuses. Vous ne me reverrez plus.
J’ai été condamné à mort le 4 mars et je vais être fusillé ce soir à 17h30. J’ai beaucoup prié pour vous. Gardez mémoire intacte. Je meurs en bon Français.
Maintenant, tu vas être libre et tu peux encore refaire ta vie. Je te le conseille même de tout cœur, cela n’empêche pas de prier pour le repos de mon âme et de penser à moi. Que Monique continue ses études à Cadouin pour en sortir avec une bonne situation. Je lui recommande d’être sérieuse, honnête, et de se rappeler qu’elle a été élevée aux Dames de Nevers.
Si un jour tu as l’occasion de me faire inhumer, soit que le gouvernement t’accorde la gratuité du transfert ramène moi à Cadouin, où je n’ai trouvé que sympathie. Sur ma tombe, du lierre et une simple croix en bois, ni fleurs, ni couronnes.
Une pensée à chacun de nos amis et remercie les d’avoir bien voulu s’occuper de moi pendant ma captivité.
Conserve intact mon souvenir je pars en emportant de toi la plus suave vision et pardonne moi de t’avoir fait quelques pleurer. Je ne connaissais pas mon bonheur près de toi et rappelle toi que faute de 4 secondes, je ne serais pas séparé de toi pour la vie, si le grand Jo ne nous avait pas arrêté au bord de notre allée.
Je meurs victime de l’égoïsme patronal français, car si Brusson m’avait mieux rétribué, je serais resté bien tranquillement à mon poste car je ne pensais nullement faire ce métier. Mais c’est le destin et ce dernier est parfois cruel. Comme je n’ai jamais eu de chance dans ma vie que je n’ai pu même t’apporter le nécessaire, notre vie n’a été faite que de souffrances morales.
Aussi je quitte cette vie avec la ferme conviction que la Bienheureuse Éternité me sera donnée au Ciel et c’est vous deux que je pleure dans nom épreuve. Allons, courage, courage, dans quelques instants j’aurai remis mon âme à Dieu. J’ai reçu la Sainte Communion et le bon prêtre qui m’a assisté dans mes derniers moments t’écrira sans doute.
Adieu donc ma Nadine chérie, adieu, mon enfant adoré, adieu tous.
Je vous embrasse une dernière fois de tout mon cœur et de toute mon âme longuement jusqu’à l’éternité.
Albert Baudrillart
Et pour que la France vive, vive Pétain.

 

Document original donné au Maitron des fusillés en janvier 2018 par Roger Sarrail.


Raymond BIERGE

Ma chère petite femme
Tu vas apprendre une triste nouvelle je vais être fusillé aujourd’hui dans deux heures tu seras courageuse et même si tu peux refaire ta vie nesite pas et tache d’élever notre petit Henri bien comme il faut tu lui diras que je ne suis pas un criminel que j’ai fait une betise et qu’il pourra marcher la tete haute tu consoleras mes parents ce qui sera pour toi une lourde tache mais quesque tu veux c’est fait et bien fait tu as eu en moi un homme qui ta toujours jugé en égale je pense que tu seras encore heureuse et qu’un jour notre fils t’en rendra tout ce que nous avons est à toi et au petit embrasse bien toute la famille pour moi ton mari qui n’a jamais aimé que toi
Raymond

Copie de sa lettre manuscrite


Charles BOCHARD

Bordeaux le 25-1-1944
Mon cher Robert,
Ce sera ma 1ère lettre de l’année 1944 et ce sera la dernière de ma vie. J’ai été condamné à mort avec 16 autres types par les Allemands le 20-1-44 et depuis ce jour-là j’attends d’être fusillé. Tu sais cher Robert j’ai du courage et ce n’est pas la mort qui me fait peine, c’est de penser à ma pauvre mère qui va avoir une grande peine car elle n’aura pas eu de chance dans sa vie, mon père et mes 2 frères tués par la guerre et moi qui vais les rejoindre, la malchance c’était abattue sur ma famille. Depuis le 20 je passe en revue ce que j’ai fait dans ma vie si courte vie. Je regrette une chose c’est de ne pas voir la fin de la guerre, toi et tous les copains la Josepha ( ?) Iutha ( ?), +Fortanet ( ?)Moggio, Parad ( ?), Gagnon ( ?) Kaky etc. À tous ceux du rugby et toutes les copines, Colette, ??etc. Tu diras au Kaky qu’il dise à la Lulu que j’ai beaucoup pensé à elle dans mes derniers instants de ma vie. Si tu te maries un jour pense à moi ce jour-là et promets-moi ce que si un jour, j’ai une tombe de demander aux copains de m’offrir une belle couronne de roses blanches avec le ruban du R.C.F.C.
Remercie bien ta mère de ce qu’elle a fait pour moi et surtout sois gentil avec elle. Pour mes effets que j’avais dans ma chambre et mon vélo qu’on les envoie à ma mère ainsi que toutes mes photos. Adieu mon vieux Robert pense de temps en temps à celui qui as été ton copain et qui t’aimais comme un frère. Serre la main et embrasse tous ceux qui furent mes copains ainsi que les copines que j’ai connues avec toi. Adieu mon vieux et je te souhaite ainsi qu’à tous les copains une vie belle et heureuse et que notre sacrifice aura enfin servie à quelle chose de propre pour la France et surtout dis-toi bien que devant le peloton d’exécution je me tiendrai aussi bien que sur un terrain de rugby.
Ton copain et ton frère
Charlot
Je demande à toute personne qui aura cette lettre en sa possession de la faire parvenir à l’adresse suivante. MERCI
Robert Camus
7 rue Gambetta 7
Besançon-Doubs

Transcription de sa lettre manuscrite


Louis BORIA

Bordeaux le 21 septembre 1942
Mes chéries, mes amours,
Hélas quand vous recevrez cette lettre tout sera fini pour moi, j’aurai cessé de vivre et n’ayant rien à me reprocher, je vous demande mes amours d’avoir beaucoup de courage et quand vous penserez à moi, vous penserez que je suis tombé sans peur.
Je vous demande pardon, mes chéries de la peine que je vais vous faire, et toi, ma petite fille chérie, à 8 ans perdre ton papa qui t’aime et toi ma femme adorée compagne de mes bons comme de mes mauvais jours, courage. J’espère que la vie pour vous ne sera pas trop dure dans l’avenir
je te demanderai, ma femme chérie, d’élever ma petite chérie dans le droit chemin de l’honnêteté et du travail. Tu n’auras pas à avoir honte de moi ma chérie, car comme tu le sais-je n’ai ni tué, ni volé, c’est la fatalité, courage mes amours
Embrassez bien toute la famille pour moi ainsi que les amis ; mon seul regret en quittant la vie et de ne pas pouvoir vous serrer dans mes bras.
Adieu femme chérie, adieu ma fille adorée, adieu maman, papa, frère et sœurs adieu beau-frère et belle-sœur
Pardon à tous,
Votre Louis

Transcription de sa dernière lettre


Maurice BOURGOIS

Transcription de la lettre à sa femme

Le 22/1/44
Ma petite femme adorée
C’est une de mes dernières lettres que tu recevras. Avec ce papier, je te demanderai ma petite chérie de le lire avec le plus grand courage, c’est en quelque sorte mon dernier désir. J’ai été condamné à mort par le tribunal spécial allemand de Bx le 20/1/44 je n’attends plus que la sentence mais sache bien que je regarderai la mort en face sans rien regretter de ma vie ma dernière pensée sera pour toi et pour mon fils que je connaissais si peu mais m’étais pris à aimer.
Je te demanderai après la guerre de faire tout ton possible avec les organisations existantes pour faire revenir me encore près de toi dans ce coin où ensemble j’ai passé les plus heureux moments de ma vie. Réclame ce qui était du tu dois te considérer comme veuve de guerre. Pour mon fils élève le pour en faire un homme instruit s’il le peut Pousse ( ? ) le aux études qui lui plairont, mon frère mes parents et les tiens pourront aider dans cette tâche. Je m’excuse de la peine que je vais te faire. Je sais qu’elle sera plus dure que pour moi, car je n’aurai plus longtemps à souffrir, mais (??) le temps de l’oubli viendra. Je te demanderai quand même d’avoir une pensée de temps en temps envers celui qui t’a tant aimé. de ma part embrasse une dernière fois ma bonne grand-mère mes parents mon frère et toute la famille. Je n’oublie personne mais la place me manque. Je vais faire mon possible pour te faire retour de mon alliance, ce sera un souvenir que tu transmettras à mon fils. Je t’envoie une dernière fois mes plus doux baisers. J’embrasse mon petit Dany mes pensées seront toujours vers vous.
Maurice

Le manuscrit rédigé sur peut-être un carton de biscuits « Olibet » indique l’adresse à Châtellerault ainsi que que « faire passer à (le reste non lisible), puis, « merci alliance » doublement souligné

Sa dernière lettre

Bdx le 26/1/44
Ma petite femme adorée
Je me doute de la peine immense que tu vas avoir en lisant cette lettre mais ma chérie sois forte courageuse.
Comme moi je le suis devant la mort, celle-ci ne me fait pas peur.
J’aurais quelques petits détails à voir avec toi pour toi-même règle ta vie comme tu l’entendras.. Je t’ai bien aimé, tu es la seule femme a laquelle j’avais donné tout mon cœur. aussi je te demanderai ma petite chérie aussitôt après la guerre de faire revenir mon corps près de toi dans cette petite ville où j’ai passé les plus beaux moments de ma vie. Pour mon fils élève le pour en faire un homme qui saura se débrouiller dans la vie pousse son instruction s’il en est capable, je pense que dans cette tache mon frère, ma famille, et les tiens t’aideront utilement. Dans cet instant avant de faire le grand saut je n’oublie personne embrasse mes parents mon frère ma belle-sœur, et une grande pensée vers ma bonne grand-mère qui ma élevé, ma tante, toute la famille et aussi tous les tiens qui nous ont aidé. N’oublie pas René Émilienne.
Je pense que Tranchant te régleras le reste de mon mois.
Je te fait retour de mon linge, et quelques photos ; j’ai simplement gardé sur moi ta photo et celle de mon petit Dany ainsi que celle de ma grand-mère que je possédais.
J’envoie mon bon souvenir à mes 2 copains Fernand et Jean
ma dernière pensée sera pour toi et pour mon petit Dany
Encore une fois mon amour sois très courageuse, le temps te fera oublier ta peine, préviens avec ménagement le reste de la famille fait au mieux
Adieu ma petite chérie
Avec cette lettre mes derniers et plus tendres baisers. Ainsi qu’à mon fils que je m’étais pris à aimer
Adieu à tous
Maurice

Copie de sa lettre manuscrite


Pierre CAZALAS

Fort du Hâ février 1944

Chère mère,
Je meurs en soldat, pense que j’aurais pu mourir à la guerre si j’avais été mobilisé. Je meurs pour la France nanti de tous les sacrements et l’aumônier qui m’accompagne, m’affirme que j’irai au ciel.
Tu sais que j’ai la foi et si je quitte cette misérable vie, je gagne la vie éternelle.
Je veux que cette dure épreuve renforce ta confiance en Dieu au lieu de te l’enlever.
L’abbé Mabille, qui assiste mes derniers moments, ira te voir selon mon désir pour que tu te mettes en règle avec le bon Dieu.
Ne cherche pas à me venger, de qui que ce soit, car Notre-Seigneur a dit, pas de pardon pour qui ne pardonnera pas. En mourant, je pardonne à tous ceux qui sont cause de ma mort.
Pense aussi que je vais rejoindre ton frère, ton père, et que je prierai pour toi des cieux.
Je te demande pardon de la peine que je te fais et fais dire des messes souvent à mon intention.
Quand tu mourras, fais-toi enterrer avec moi.
Je ne te dis pas adieu, mais au revoir dans le ciel.
Ton fils qui t’embrasse,
Pierre
Il a mieux valu éviter une dernière entrevue, trop pénible.
Ma dernière pensée aura été pour toi

Document retrouvé dans des archives familiales et remis à l’Association par M. Richard Martinez


André DEGAIN

Le 21 septembre 1942.
Bien chers Parents et Frangin
Pourquoi donc le sort vous accable de cette façon ? On vient en effet de nous annoncer la triste nouvelle. A l’heure où vous me lisez je ne suis plus à plaindre. Je veux, vous m’entendez, que vous gardiez un courage inébranlable et que vous puisiez une force de vivre dans le les jeunes vies de la petite famille de Bretenoux, Suzette et Jacques. Cher papa qui a tant travaillé pour nous et toi chère maman qui a tant souffert pour moi, soyez courageux et forts, je vous en conjure. Cher frangin que j’aime tant avec ta petite femme Yvonne, je compte sur vous pour faire honneur à notre nom dans l’avenir. C’est l’esprit serein je vous l’affirme, que je vais au-devant de l’épreuve, soyez comme moi. Ainsi donc, c’est mon 23ème anniversaire aujourd’hui. Il y a là des hommes mariés qui sont beaucoup plus à plaindre que moi avec les enfants. Ma petite maman, mon cher papa, mon petit frangin, chère Yvonne, Suzette, Jacques, je vous dis adieu, ma mort ne doit pas vous empêcher de continuer à vivre dans l’espoir de jours meilleurs pour vous. Courage inébranlable, je vous en prie, soyez forts comme je le suis. Tous mes adieux aux connaissances Nette, Mamie et les copains. À tous, mes tantes Fifi, Élisabeth, Clémence ; mes oncle Eugène, Paul ; Mes chères cousines Mathilde, Marie, Louise ; mes chers cousins Émile Duyé, la famille St-Peyre, la famille de Bretenoux, enfin à tous mes chers parents chéris, adieu mes plus tendres et derniers baisers
André
J’espère que Jacques sera accordéoniste.
Nous avons reçu la visite de l’aumônier

Copie de la transcription de sa dernière lettre


Serge DEJEAN

Le 26 janvier 1944
Chers parents
C’est pour la dernière fois que je vous écris, mais je pars avec courage et je vous demanderai d’être aussi courageux que moi. Il faut penser que beaucoup de soldats tombent aussi. Je voudrais que les petits frères viennent des hommes, et surtout qu’ils continuent d’apprendre plus que jamais la musique.
Vous voyez chers parents que la vie a des moments tristes mais aussi des bons.
Je voudrais bien que vous ne priviez pas les frères pour moi. J’espère que le commerce marchera bien et que vous serez heureux.
Vous direz bien le Bonjour à toute la famille. Grands-parents oncles tantes cousins et cousines.
Je vous demande une fois de plus d’être courageux.
Je viens de recevoir la communion et je meurs en croyant.
Chers parents et frères bon courage et du bonheur pour tous
Adieu
Serge qui part courageux
Cher papa et maman bon courage

Document retrouvé dans des archives familiales et confié à l’Association par M. Richard Martinez.


Paul DESREUMAUX

Bordeaux, le 18 avril 1942
Bien chers Parents,
J’ai une grande peine à vous annoncer, mais ne vous en faites surtout pas car c’est pour notre patrie « La France ».
Quand vous recevrez cette lettre j’aurai cessé d’exister. Je suis fusillé aujourd’hui, mais j’ai toujours espoir en Là-Haut.
Je vous demanderai de dire des prières pour moi et de faire dire des messes pour moi. Je suis aidé par Monsieur l’abbé Mabille, qui est l’aumônier de la prison.
C’est peut-être malheureux de mourir à vingt ans, mais je mourrai sans crainte, en bon Français que je suis et en bon chrétien, et Là-Haut je prierai pour vous.
Je viens de me confesser et de communier ce matin et avec beaucoup de courage ; j’en aurai jusqu’au bout. Enfin c’est le destin et l’on ne peut rien y changer.
Toutes mes affaires vont vous être retournées, gardez les précieusement et pieusement en souvenir de moi. Pensez souvent à moi, priez pour moi.
J’aurais bien voulu vous voir avant, mais malheureusement cela m’est impossible. J’ai eu espoir jusqu’au bout, mais je n’ai même pas pu voir mon grand camarade Ernest Lombart.
Adieu à tous les amis et à toute la famille. Pensez à moi très souvent et priez pour moi.
Quand la guerre sera finie, vous aurez une très grande pension pour moi qui servira à élever mon petit frère.
Adieu chers parents, je vous reverrai Là-Haut plus tard, où nous nous rencontrerons plus tard.
Je vous demanderai de toujours considérer ma fiancée comme votre fille, car elle m’aimait beaucoup et vous aimait beaucoup sans vous connaître. Écrivez souvent à ma fiancée, d’ailleurs je vais l’avertir et lui demander qu’elle vous écrive aussi. Laissez-lui quelques-unes de mes affaires en souvenir, car je l’ai beaucoup aimée.
N’ayez pas de peine pour moi. Vous aurez l’honneur d’avoir un fils qui est mort en défendant sa patrie, en faisant le sacrifice de sa vie pour elle.
Adieu, chers Parents, adieu, Guette ! Je penserai à vous et à elle jusqu’au bout. Adieu, Gilette ! adieu, Muguette ! adieu, cher petit Claude! adieu, les amis et amies !
Votre fils qui, jusqu’au bout, pensera à vous et mourra en bon Français et en bon chrétien et qui priera pour vous.
Votre fils : Paul Desreumaux.

Copie de la transcription figurant sur le site de l’AASSDN


Alain DOMECQ

Fort du Hâ, mercredi 26 janvier 6h du matin
Ma Bien Aimée,
Je pars le cœur plein de toi et mon seul regret sur terre est de t’avoir trop peu aimée, de n’avoir pas pu te rendre heureuse.
Mais je veux avant tout te faire mes dernières recommandations.
Je sais quel va être ton désespoir, mais je connais aussi ton courage. Aussi, je veux que tu emploies tes forces à soutenir maman qui va recevoir un coup terrible alors qu’elle est déjà épuisée.
Tu lui serviras de fille, puisqu’elle perd un fils. Tu guideras et conseilleras Claude pour en faire un homme. Je suis certain qu’il fait tout ce qu’il peut pour être bachelier à la fin de l’année. Il doit être raisonnable et sérieux pour deux. J’espère que sa surdité va cesser avec la croissance. Je voudrais qu’il travaille beaucoup pour se faire rapidement une situation.
Pour toi, ma chérie, te voilà veuve à 22 ans. Tu sais que j ‘avais envisagé ce cas et mon désir le plus sacré est de te voir fonder de nouveau un foyer. Ce vœu n’est pas une injure à ton amour dont je connais la puissance. Tu es jeune. Dans quelques années, les forces de la vie vont reprendre le dessus et mon souvenir aura perdu son amertume. Tu te souviendras alors de mes dernières pensées et tu sauras que je serai heureux de te savoir heureuse. Ne crois pas que je quitte la vie avec désespoir. Bien au contraire, depuis quelques jours j’ai le calme et la paix de la mort. Je ne regrette rien de ce que j’ai fait. En mon âme et conscience je crois avoir agi selon mon devoir d’homme. Maman et Claude ne me blâmeront pas d’avoir parlé uniquement de toi. Je les ai présents dans mon cœur, mais le temps et le papier risquent de me manquer. Mes dernières heures sont adoucies par la présence de bons camarades et par de petites satisfactions matérielles qui nous sont accordées : gâteaux, confitures et cigarettes. Je te répète une dernière fois, mon seul regret est de n’avoir pas donné à ma femme la récompense que méritait son amour.
À toi ma femme chérie, mes dernières pensées et mon baiser le plus fervent.
Alain

Cette lettre nous a été remise par Francette Agostini, responsable de l’ARAC et du Parti communiste et qui organisait à ce titre chaque année une cérémonie à Castillon la Bataille en hommage à Camille Maumey et Alain Domecq


Edmond DORÉ

Bordeaux le 21 septembre 1942
Mon cher amour et mes enfants chéris, mes chers parents
Je t’écris pour la dernière fois et j’espère que tu seras forte comme je le suis devant la mort. dans un peu moins de deux heures je n’existerai plus mais croyez que je meurs avec courage comme dans une telle circonstance sait mourir un Français. Ma grande chérie, nous nous sommes aimé comme peu se sont aimés et j’espère que mon souvenir demeurera vivace dans ton cœur. Toi ma petite Léonie qui ce matin était si près de moi, tu seras une seconde mère pour tes petits frères et ta petite sœur et toi mon petit Serge et mon Michel vous qui devenez des hommes à votre tour souvenez-vous de votre père qui a été toujours un honnête homme qui a suivi toujours le droit chemin de xxxx petite Monique à ton tour tu deviendras une xxx personne digne de ton père et de ta mère chérie à vous tous mes chéris, xxx mille baisers de celui qui meurt en pensant à vous
Pour la mort comme pour la vie xxx
Votre toujours Edmond

En marge en haut : ma Didi xxxx s’il y a une justice peut-être nous reverrons-nous. La dernière pensée et les derniers baisers de ton Edmond dans xxx comme dans la vie s’il y a un Dieu il me pardonnera j’ai confiance xxxxx
Adieu Papa, adieu Maman, je vous quitte pour toujours n’oubliez jamais votre enfant qui va mourir avec courage, comme un vrai français, n’oubliez pa ma Didi chérie et mes petits enfants qu’ils deviennent des hommes comme leur père ou des femmes comme leur mère. Adieu Mère toi qui nous a tant aimés je vous quitte pour toujours recevez mille baisers de votre enfant chéri à vous tous adieu votre Edmond

Adieu Papa Borel XXX et Maman Borel xxx Adieu Raoul et Paulette adieu Pepette je vous aime de tout mon cœur à mes derniers instants je vous quitte pour toujours
Adieu Votre Edmond

Adieu mon cher robert, adieu mon cher frère adieu Suzon, René XXX et la famille Perens pensez un peu si l’occasion s’en présente à ma chère Petite Famille je vous remercie d’avance Mon cher robert adieu adieu
Ton Edmond
Mes chers copains et vous mes parents que j’oublie je vous aime tous et je vous quitte en vous disant adieu pour toujours
A vous tous l’adieu d’un condamné à mort qui mourra en vrai Français en vrai soldat
Votre Edmond dans la mort

Transcription de sa lettre manuscrite


Roger ESPAGNET

Bx le 21-9-42
Ma chère Henriette et toi Ma chère petite Lucette
L’heure tragique est arrivée nous venons d’être prévenus que dans deux heures nous allons être fusillé aussi ma dernière pensée se tourne ver toute deux et toute la famille jamais je ne me serai douter de ce qui va m’arrivé Reçois ma chère Henriette et toi ma chère Lucette les meilleurs Baisers de votre cher qui va disparaitre de ce monde
Un innocent
Roger Espagnet

Transcription de sa lettre manuscrite


Robert ETCHEBARNE

Bordeaux le Fort du Ha, le 11 janvier 1944 à 7h
Chers parents
Pardon de toutes mes dernières forces j’aurais dû vous écouter cher papa mais voyez-vous c’était déjà trop tard. je vous demande maintenant d’atténuer la peine de mes chéries de ma Jeannette aidez la pour elle et pour mes deux chéries je compte sur vous et je sais que ce n’est pas en vain vous saurez lui atténuer ses moments pénibles et lui faire comprendre qu’elle se doit à mes deux chéries. Pardon pour la peine que je vous fais pardon Maman Pardon Papa Pardon à toi aussi Maurice je veux que tu deviennes un homme qui puisse aider sa sœur et mes chères petites adorées je vous les confie à tous et j’ai confiance en vous tous c’est voyez-vous les seules consolations qui me permettent d’affronter avec courage le dernier moment. Je tomberais bravement mais j’aurais voulu voir la fin avant. Pardon de toutes mes forces et Merci pour les lourdes charges que vous avez déjà acceptées Courage et à tous mes meilleurs baisers
Robert Etchebarne


Gabriel FLEURAUX

Ma chère Jeanne
C’est ma dernière lettre. Je te laisse à élever notre fils, fais-en un homme. Tu peux vendre toutes mes affaires mais garde l’outillage, il servira à notre fils s’il exerce le même métier que moi. Je vous aimais bien à tous les deux mais je n’aurai pas le bonheur de voir l’avenir.
Je mourrai courageusement en pensant à vous deux sans oublier mes parents. À tous, adieu et bons baisers

Transcription de la copie de sa dernière lettre. Retrouvée dans des archives familiales, elle nous a été confiée par M. Martinez.


Pierre GEMIN

Au fort du Hâ le 11 juillet 1942
Papa et Maman chérie
Je suis condamné à mort pour espionnage depuis le 8 juillet vers 4h. J’ai fait ma demande de recours en grâce au général von Stupnagel commandant l’armée d’occupation
Dans mes bons moments, j’espère qu’elle sera acceptée. Dans mes mauvais moments, il me semble qu’elle sera refusée, alors je pense à vous, uniquement à vous. À vous qui vous êtes dévoués sacrifiés qui avez sacrifié toute votre vie pour me donner une solide instruction. En ce moment je suis dans une mauvaise heure et je n’ai plus le courage de réagir. Depuis onze mois que toutes mes espérances sont systématiquement déçues, je n’ai plus la force d’espérer. La mort ne me fait pas peur, ce n’est pas mon sort qui me fait si triste, si las j’ai besoin j’ai l’impression que ce sera un grand choc et puis le néant je dormirais je ne souffrirai plus je n’aurai plus faims je n’aurai plus le cœur assoiffé de libertés et au moins je ne serai plus dans mon infâme cellule derrière mes barreaux, toujours affreusement triste. Donc vous voyez Papa et Maman chérie que ce n’est pas moi le plus à plaindre. Ce qui me fait trembler et me rend Infiniment malheureux, c’est la pensée que bientôt vous apprendrez ma condamnation. Quelle horrible nouvelle ! La mort me serait mille fois plus douce si, à tout moment, je ne m’imaginais que je serai bientôt pour vous l’objet de la pire souffrance qu’on puisse imposer à des êtres humains. À cause de moi vous allez être pendant des années torturés moralement. Votre vie si laborieuse vous aurait donné droit à une vieillesse heureuse, tranquille, au milieu de l’affection constante de mon frère et de moi, pour qui vous avez tout fait. Nous aurions pu être si heureux tous les quatre. Le sort en a décidé autrement. Au fond, quand on y réfléchit bien, la vie n’est qu’une continuelle souffrance puisqu’il faut mourir un jour, ! en mourant jeune on n’a pas le temps de souffrir beaucoup. Je vous répète encore, la mort ne me fait pas peur, et de ce côté-là je ne suis pas à plaindre ; je vous supplie, je te supplie, Maman chérie, d’être courageuse, d’accepter la fatalité. Je sais que ta vie va être brisée, mais je te demande, au nom de l’amour immense que j’ai pour toi, au nom de celui que tu me portes, de ne pas sombrer dans un noir désespoir et de ne plus trouver goût à rien. Je sais, le choc va être terrible pour toi, petite Maman chérie. Dis-toi bien quand tu liras ceci que plus tu seras courageuse, plus la mort m’aura été douce, c’est uniquement la pensée de votre immense douleur qui me fait atrocement souffrir. Je vous demande un dernier sacrifice c’est d’apprendre ma mort avec résignation et si je pouvais arriver à me persuader d’une telle chose, je marcherais sans peur au poteau comme un véritable héros. Il n’est pas difficile d’être un héros quand on ne laisse pas derrière soi une Mère adorée et un Père chéri.
Encore une fois, je vous supplie d’être fort d’être courageux et dites-vous bien qu’étant forts et courageux vous adoucissez ma mort. Soyez forts et courageux-pour moi… Reportez sur mon frère tout l’amour que vous me vouez. Essayez de m’oublier en vous disant :
« Notre Pierrot est mort pour une noble et grande cause. Sa mort n’a pas été inutile, il le savait en mourant. Il nous avait demandé d’accepter la fatalité avec résignation et pensait que nous ferions encore pour lui ce dernier sacrifice, la mort ainsi lui aura été plus supportable. Nous lui devons donc d’accepter notre malheur, puisqu’il est mort en pensant que nous ne lui refuserions pas ce dernier et sublime dévouement.
Aimez mon frère deux fois plus. Essayez de vous persuader que vous n’avez jamais eu qu’un fils. Ne souffrez pas trop je vous le demande au nom de l’amour que vous avez pour moi.
Je souffre depuis 11 mois physiquement et moralement. Pendant trois mois on m’a enfermé dans un cachot complètement muré et souvent j’avais l’impression d’être enterré vivant dans un tombeau.
Je ne savais encore si j’allais être fusillé. J’étais en ce moment fort, courageux, plein de santé et envers et contre tout j’espérais être libre dans peu de temps, je ne pouvais pas croire ou, plus exactement je ne voulais pas croire qu’il se pouvait, qu’il était possible, que je sois condamné à mort, qu’on me retire de cette vie qui m’avait jusqu’ici toujours souri, qu’on m’arracha à votre tendresse. Je me disais souvent : « Quand on a des parents comme j‘en ai, quand on est aussi aimé que je le suis, il est impossible, on ne peut pas mourir si jeune. »
Et puis j’avais confiance dans le petit fétiche, la petite médaille que tu m’avais donnée Maman chérie, tu croyais en son pouvoir, et c’était en quelque sorte communiquer avec toi que de croire la même chose. J’avais très, très faim, j’avais beaucoup maigri, mais malgré les longs moments d’abattement j’avais aussi de longues heures à espérer, mais c’était affreux que d’être toujours seul, dans ce cachot obscur.
Quelquefois il me prenait envie de me suicider, alors je pensais à vous et j’avais honte de telles pensées en songeant à votre peine. Je pleurais quand je m’imaginais la terrible angoisse dans laquelle mon imprudence vous avait plongés. Je me maudissais d’être pour vous la cause de tant de tourments…

Copie extraite du fascicule publié par les éditions Delmas Bordeaux en 1945 « Biographie de P.J. Gemin »  : pages 7 à 10

Extrait du livre « page 113 : Après son déjeuner plus que modeste, comme à l‘habitude, il se remit à sa correspondance quand on entendit un bruit de bottes sur le balcon intérieur.
Pierre Gemin eut sans doute un pressentiment et demanda si l’on pouvait faire parvenir à ses parents une lettre inachevée. Je lui promis aussitôt et pris la lettre


René GORICHON

Chère Lucette le 11.1.44
Chérie
Que de souffrances depuis trois mois d’être si loin d’un que tu aimais.
Chérie ! reçoit mon dernier souvenir mes derniers adieux ainsi que ta famille embrasse les bien fort pour moi. Je t’aimais de tout cœur et encor pour mon dernier suvenir ma dernière pensée pour toi.
Chérie remonte cette torture morale prend courage ta situation n’est pas encor complètement enraillé. Il y a d’autre homme qui seront bon toi ainsi que j’aurai pu l’être pour toi.
Chérie fait toi heureuse tu as encor de la vie devant toi tout n’est pas perdu. Tu es encor jeune. Tant qu’à moi c’est fini le bonheur. Adieu Lucette chérie ainsi que ta famille. Tous mes souhaits de bonheur pour toi (oublie moi je t’en prie) pardonne moi (Merci)
Reçois mes derniers baisers
Ton René chérie
Adieu
Gorichon René

Transcription de sa lettre manuscrite


Jean GUILLON

Fort du ha 21.9.1942 17 h
Ma chère femme mon cher père à ma chère mère ma chère sœur mon cher Paul et mon cher frère Pierrot à toute la famille et mes meilleurs amis je vous annonce la triste nouvelle que je vais être fusillé dans deux heures toi ma petite femme chérie tu tâcheras d’oublier et tu refera  la vie excuse moi si je t’ai causé de la peine mes économies qui sont chez nous tu peux en disposé, et j’espère que l’on te considérera toujours de la famille . Adieu pour toujours !
Ma chère mère et mon cher père excusez-moi si je vous ai causé de la peine tâchez de finir votre vieillesse tranquille Bien des choses a mon frère Pierrot.
Ma chère sœur et mon cher Paul et mes deux petite nièce chérie mes derniers adieux.
Le reste de la famille et mes meilleurs amis adieu pour toujours
Je vais mourir en brave et pour ce que j’ai combattu.
Adieu tousJean Guillon

Transcription de la lettre manuscrite


Prosper GUILLON

Ma chère amie
Je vais mourir courageusement malgré tout, mon dernier souvenir à toute la famille et tache de finir tes jours le mieux que tu pourra
Dernières pensées
Prosper

Transcription de sa lettre manuscrite


Jean ITEY

Bordeaux le 21 septembre 1942
Mes 2 chéries il est 16h30, le 21 septembre 42, je vais mourir. Yvette mon petit du courage pour élever notre enfant qui n’aura plus que toi pour soutien, mais j’ai tant de confiance en toi ma femme bien aimée.
Mon enfant, mon Huguette, c’est ton papa qui te dit d’être courageuse dans la vie occupe-toi de maman et rend la la plus heureuse possible et console là car je la connais elle vous aime trop à tout deux, elle ne te quittera jamais. Du courage mes chéries et adieu je meurs un homme plein de courage n’ayant fait de mal à personne
Jean Itey

Transcription de la copie de sa lettre manuscrite recopiée et publiée par les Archives de Lormont Gironde)


Joseph KOWALCZYK

Bordeaux le 12 septembre 1942
Chers parents,
Dernièrement, dans ma lettre du 2 écoulé, je vous ai fait savoir que j’ai été condamné à mort avec l’obtention du recours en grâce.
Malheureusement le destin a voulu que mon recours en grâce soit refusé et je vous prie Chère maman, Cher second papa, et vous mes trois sœurs de ne pas vous morfondre ni vous faire des peines, surtout vous, maman qui avez le cœur si fragile, qui êtes souvent malade, je ne vous reverrai plus, mais je n’ai point de regrets de quitter cette terre, si ce n’est vous Chers parents et Chères sœurs car j’ai reçu le Très-Saint-Sacrement et j’irai revoir mon père.
Avant de quitter cette terre, je vous demande d’oublier toutes les peines que je vous ai causées, de penser souvent à moi, comme moi-même je le ferai.
Faites parvenir mes paroles d’adieu à Modzalowski, à Grabowski, Walla, Koralewski,  à ma marraine et sa famille aux familles Borowski d’Alina.
Je vous embrasse tous bien fort.
Au revoir j’espère que nous nous reverrons là-haut près de notre père

Transcription de la copie de sa lettre d’adieu communiquée par M. Demoustier qui a fait des recherches sur les résistants de sa commune.


Maurice LASSERRE

21 septembre 1942
Mes chers tous pour la dernière fois,
je vais être exécuté dans 2 heures, ma dernière pensée est pour vous. Toi Margot, aies du courage pour élever les petits et pense à moi toujours. Toi Blanchette pense que tu as une mère et des petits frères. Toi Claudine tu t’occuperas des petits. Surtout toi, Raymond et Jean-Claude, tu ne m’as m’auras pas connu, mais tes frères et sœurs te parleront souvent de moi. Ma dernière pensée est pour toi, Margot, mon aimée et surtout tous, du courage pour cette terrible épreuve.
Tous mes baisers et ma dernière pensée.
Encore Margot, du courage.
Tous mes baisers et encore des baisers je vous serre dans mes bras tous ensemble.
Ton Maurice qui t’a toujours aimée même à sa mort. Et les enfants, mes chéris, rappelez-vous de votre papa qui vous a toujours aimés.
Votre père Maurice Lasserre
Je ferme l’enveloppe en vous chérissant et en vous embrassant pour la dernière fois, encore bons baisers.
Je t’envoie mon alliance et une mèche de cheveux que tu garderas en souvenir de moi. À ma famille frères et sœurs, à la tienne, père et mère, beau-frère et belle-sœurs mes baisers
On me donne du papier encore. J’en profite pour te réécrire et t’embrasser encore une dernière fois et les petits et les grands, souvenez-vous de votre père, il a toujours été un honnête homme et un honnête travailleur, il a toujours fait tout ce qu’il a pu pour vous élever dans le bien, et toi ma Margot aimée pense à moi et parle-leur souvent de moi, c’est ce que je demande dans mes dernières volontés et aie du courage comme moi j’en ai, et plus tard tu en seras récompensée, moi je meurs avec le ferme espoir que tu auras du courage ainsi que Blanchette et Claudine
Toi, Raymond, plus tard quand tu auras la connaissance, tu liras cette lettre ainsi que Jean-Claude, pauvre chéri, tu ne m’auras pas connu. Mais conserve mes photos et donne-leur-en une à chacun, qu’ils la garde, quand ils seront plus grands ils se rappelleront de moi.
Margot encore tous mes baisers et pense que je suis à toi,même devant la mort qui vient.
Je vous serre à tous encore contre moi-même devant les fusils.
Maurice

Transcription de sa lettre d’adieu manuscrite


Louis LAVERNY

Ma Paulette chérie, mes petits enfants adorés,
Au moment de mourir, je vous envoie un dernier adieu…
Pourquoi n’avoir pas eu le bonheur de vous embrasser une dernière fois ?
Ma Popo, élève bien nos enfants dans le droit chemin et parle-leur souvent de leur papa.
Je meurs avec votre nom sur les lèvres et ma dernière pensée va vers vous. Ne m’oubliez jamais, gardez toujours ces photos je pose mes lèvres pour la dernière fois.
Je meurs sans trembler, en vous adorant.
Ton Loulou votre papa
Adieu pour toujours

Transcription de sa dernière lettre reproduite dans l’ouvrage de René Terrisse « Face aux pelotons nazis »


Ernest LOMBART

« Ma chère maman et cher petit frère Benjamin
Je vous écris en de bien tristes circonstances, enfin j’ai le bon Dieu en moi et un prêtre pour m’aider dans les derniers moments.
Je suis très courageux ainsi que mon cher ami Roger qui lui aussi supporte cette dernière épreuve, je vous demande de ne pas avoir de haine pour les Allemands car ils n’ont fait que leur devoir, je serai fusillé à 5 heures après midi et je suis sûr de mourir en Français, je prierai pour vous tous avec Papa et Gabrielle.
La montre que vous recevrez ce sera pour mon petit Benjamin et la bague, donnez-la à Odette laquelle je prierai beaucoup pour elle, gardez le chapelet car il a été un énorme réconfort durant mon épreuve.
Ne pleurez pas car je meurs heureux avec le bon Dieu. Demandez à Monsieur l’abbé Dumez de dire une messe pour le repos de mon âme.
Je vous demande pardon pour les petits tracas que je vous ai causés, je suis sûr que nous nous retrouverons au ciel un jour et en attendant le retour de mon grand frère Clément, je n’ai pas été privé pendant mon séjour à la prison et les soldats ont tout fait pour améliorer notre sort.
Vous ferez mon bonjour et mes adieux aux parents et demandez -leur de dire une prière à mon intention.
Écrivez à Melle Dumas pour recevoir mes cartes de ravitaillement et mes valises contenant, appareils photographiques et du linge, je vous laisse tout en garde et donnez à Odette ce qu’elle voudra comme souvenirs.
Je vous remercie pour tout ce que vous avez fait pour moi et dites à Benjamin d’être très sérieux et très courageux car malgré nos petites disputes, je l’aime beaucoup.
Enfin j’en mets pas plus long, car écrire pour la dernière fois à sa mère c’est pour moi un calvaire et une tension des nerfs pour ne pas pleurer.
Je vous quitte avec grands regrets, mais aussi avec joie car dans quelques instants, je serais avec Papa et Gabrielle.
Je vous embrasse donc bien fort, ainsi qu’Odette et Benjamin et je vous attends avec certitude de vous revoir un jour.
Votre fils et frère aimant qui meurt pour la France et le salut des âmes,
Lombart Ernest.

Copie de la lettre publiée sur le site de l’Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale


René MELLIER

Conseil de Guerre le 21 septembre 1942
Ma chère Suzette et Christiane et Maman Marcel et Huguette Papa et toute la famille
Quelques mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont les dernières car dans 1 Heure et demi je vais mourir puisque je suis condamné à mort. ma chère Suzette et Christiane pardonné-moi le mal que je vous fait mais je n’ai rien fait de mal Suzette fait de ton mieux pour notre enfant Chérie pousse la au violon si elle peut arriver à faire quelque chose et toi Petite fille Chérie travaille bien écoute bien ta maman ton papa en sera heureux dans un autre monde peut être
Suzette garde ma boîte de peinture et les quelques tableaux que j’ai fait pour vous tous en souvenir de moi entendé vous bien tous en famille vivez tous unis les uns pour les autres ses tous ce que je désire embrasse bien Maman et Maman Henriette et Maman et Marcel Huguette et Michel, ma dernière lettre et de temps que je mais que voulez vous je ne peux plus rien réalisé
Je vous quitte en vous embrassant à tous bien des fois et recommande à Christiane de bien aimer sa maman comme je l’aime moi. embrasse bien la Mandine pour moi
René Mellier
dans cette dernière lettre je vous mes mais derniers baisers


Giuseppe MONTANARI

Madame MONTANARI Aurelia.
Chère épouse, fils et neveux
Le 26 janvier
Je vous écris cette dernière lettre dans laquelle, je vous demande de me pardonner, si je vous ai mis dans un profond désespoir, en ayant réalisé ce que j’ai fait.
En récupérant cette maudite arme, je n’aurais jamais pensé être condamné à mort, mais cela devait être ma destinée.
Nous nous retrouverons plus tard dans l’autre monde ou nous passerons encore des moments joyeux comme ceux passés en famille.
Soyez courageux pour affronter cette disgrâce, moi j’en ai fini et vous devez encore souffrir.
Je vous demande de ne pas porter le deuil pour moi, je serai seulement heureux que vous vous rappeliez de moi et merci de faire dire quelques messes.
Giovane, si tu le désires et si tu trouves un autre homme qui te conviennes et qui puisse te consoler, je t’autorise à te remarier.
A moi cela ne me dérange pas, seul compte ton bonheur.et celui des enfants et qu’ils ne manquent de rien.
Tu donneras à Ugo son livret et le livret de l’assurance de son pauvre père.
A Marcello, tu lui donneras son argent et les bons de 10 000 francs et de 5000 francs que j’avais épargné pour lui le 4 février ensuite, tu iras à la banque la plus proche, tu te renseigneras et tu feras ce qu’ils te recommanderont, les titres sont au porteur ainsi tu ne risqueras que personne ne te les vole.
Ne crains rien pour moi, et marche la tête haute car tu as perdu ton mari pour la France.
Après la guerre, tu réclameras une pension en mon nom à laquelle tu auras droit comme tous les autres.
Je vous recommande à nouveau d’être courageux, moi je suis décidé croyez moi et vais vers la mort tranquille, calme, comme .je ne l’ai jamais été.Je terminerai, épouse chérie, en te serrant fortement contre mon cœur et en t’embrassant chaleureusement. Vous copierez mon ultime écrit avec l’encre.
Salut ceux de Denain.
Toi Uliano, j’espère que tu t’occuperas bien de ta famille comme j’ai essayé de le faire voire mieux encore, sois sérieux honnête et juste avec ta sœur.
Je termine en vous embrassant tous les neveux leurs épouses et filles qui se souviendront de Giuseppe de temps en temps et c’est tout ; je serais ainsi content.
Toi Uliana, tu es courageuse, aide bien ta mère jusqu’à sa mort et toi aussi Uliano, tu en feras de même. Toi Marcello tu fonderas prochainement ta petite famille et je vous souhaite d’être heureux tous ensemble.Ugo tu feras comme bon te semble, je te recommande d’entretenir de bonnes relations avec ton frère et de vous aimer.
Quant à toi chère épouse, tu vois que le sort qui t’échoit est le même que celui de ta maman, sois courageuse comme elle le fut et ainsi tu seras récompensée à ta mort.
Le capital que nous avons est à toi jusqu’à ta mort et ensuite tu feras les parts égales pour les deux fils et ainsi ils pourront aller toujours en plein accord.
Aurelia, a qui j’appartiens encore.

Traduction de sa dernière lettre en italien


Robert NOUTARI

Fort du Hâ le 21 septembre 1942
Ma chère femme chérie et enfants, père et mère et toute la famille
Je vous écris ce dernier mot, on vient de nous annoncer que nous sommes condamnés à mort pour des attentats, qu’il y a eu aujourd’hui. J’espère ma chère femme que tu es lèveras les enfants de ton mieux et que tu me pardonneras tout le mal que j’ai pu te faire, le moral est bon, je marcherai la tête haute, rappelle t’en parce qu’en somme, je n’ai jamais tué personne.
Embrasse bien les enfants pour moi ainsi que mon père ma mère, mon oncle Charles et Henriette et vous Maman et toi Mimi, un dernier adieu à tous les copains du bar ainsi que ma mère et mon oncle.
J’espère que mon fils et ma fille ne manqueront jamais de rien ; vous leur direz que je les ai aimés de tout mon cœur, ainsi qu’à ma femme chérie.
Je ne vois plus rien à vous dire, je vous dis adieu à tous et je meurs en bon citoyen.
reçois ma Robs (?) femme chérie, les plus doux baisers de ton mari qui t’a aimé. Mille baisers à mes de à mes 2 bicous chéris.
Robert Noutari

Copie de la transcription de la lettre retrouvée dans les archives familiales et confiée à l’Association par M. Richard Martinez


Jean-Baptiste POMIÈS

Ma chère fille
deux mots seulement pour te dire
que l’on vien de nous aprendre que l’on
vas nous fusiller dans deux heures. Je ne
peut donc t’en dire plus lon que de
t’embrassé bien fort.
tu embrassera les petits pour moi
tu diras à la mère que ma dernière pensé sera
pour elle
permet moi de te dire que je n’ai
fait de mal à personne.
Je vous dis à tous adieu
Ton père
Jean-Baptiste
POMIES
surtout ayer tous du courage.

Transcription de la copie certifiée conforme contenue dans le dossier déposé par la famille aux Archives des victimes des conflits contemporains à Caen


Paul PUECH

Adieu mon fils
Courage et confiance dans l’avenir Garde cette photo pour toi
Ton papa
Paul
Ne quitte pas ta petite sœur
Aime bien tous tes pépés, mémés et tante
Papa Paul

Transcription de feuillets manuscrits


Jean RAZEAU

Ma chère petite femme,
Je viens d’apprendre que je vais être fusillé dans deux heures. Quand tu auras cette lettre, ce sera fini. Ma dernière pensée est pour toi et nos trois petits.
Je te demande, et c’est ma dernière volonté, d’avoir du courage pour élever nos chers petits. Parle-leur souvent de leur papa qui les aimait tant. Il faut quetoi tu vives pour eux, et ça, je le veux, c’est ma volonté suprême.
Embrasse beaucoup mon grand Robert, mon petit Michel et mon petit ange Jeantout que j’adore.
Aie du courage, moi, j’en ai. Je demande à Robert d’être sage et de beaucoup aimer sa maman.
Jean Razeau

Copie de la lettre publiée par « Les Nouvelles » n°568 du 21/9/1950


André ROBERT

Ma chère mère, ma chère femme, mes chers enfants,
Il est de très bonne heure, tout à l’heure à 8h j’aurais cessé de vivre en pensant à vous tous et à la peine que vous allez avoir.
Tâchez de surmonter votre chagrin et le malheur où vous allez être plongés. Pierre va vous arriver sans doute prochainement, il vous renseignera sur les derniers moments que nous avons passés ensemble.
J’aurai tant voulu vous embrasser une dernière fois. Je vous envoie par ce dernier mot mes plus tendres affections. J’espère que vous n’oublierez pas le sacrifice que je fais.
Je vous embrasse pour toujours et vous envoie avant la tombe mon dernier souvenir.
Il est resté au bureau 238 francs. (J’ai en)core mon alliance au doigt.
7h30 – j’ai tout refusé (???) communion, cigarettes
Dernier Adieu – André

    Document retrouvé dans des archives familiales et remis à l’Asso par M. Richard Martinez


Juan RODRIGUEZ

Reproduccion de la ultima carta de Juan Rodriguez, escrita momentos antes de ser fusilado
Esta es la ultima lettra. Recibe muchos recuerdos, da muchos besos a mi querida esposa y a mi hija y a la tuya. Manda a mi mujer el reloj como recuerdo. Te dejo el recibo.
Y muchos besos a toda mi familia
Fort du Hâ, 21 de septiembre de 1942

Reproduction de la dernière lettre de Juan Rodriguez, écrite juste avant d’être fusillé
C’est la dernière lettre. Reçois mes meilleurs souvenirs, embrasse bien ma chère femme et ma fille et la tienne. Envoie la montre à ma femme. Je te laisse le reçu.
Et beaucoup de baisers à toute ma famille
Fort du Hâ, 21 septembre 1942

Document retrouvé dans des archives familiales et remis à l’Association par M. Richard Martinez


Franc SANSON

Bordeaux le 21 9 42
Chérie
Chers tous
Cette lettre est la dernière il est 4h dans 2h je ne serai plus de ce monde. Ma chérie remarie-toi si tu trouves élève mon fils comme il faut et dans l’amour de son prochain. Maman je te demande de prendre ma femme comme fille et Francis comme fils je suis très courageux ma dernière pensée sera pour vous tous mes très chers j’embrasse bien toute ma famille soyez courageux il le faut je le suis.
Croyez que je vous ai beaucoup aimé durant tout mon vivant et que jusqu’à la mort j’ai pensé à vous. Je viens de refuser la confession vu que je n’ai aucune religion. Ma chérie je te plains beaucoup nous étions si heureux tous 3 enfin c’était la destinée nourrir à 22 ans.
Je vais te quitter pour toujours adieu ma chérie, embrasse mon fils pour moi Maman mes plus gros baisers papa aussi Lulu aussi à toute ma famille et à la tienne je t’embrasse une dernière fois.
ton Franc
PS : Pensez à mon assurance sur la vie. N’élève pas mon fils dans l’esprit de revanche et de haine c’est ma dernière volonté Franc Je t’embrasse encore et toujours
ton petit mari adoré Franc

Document retrouvé dans des archives familiales et remis à l’Asso par M.Richard Martinez


Werter SAIELLI

Fort du Hâ Bordeaux 23 janvier 1944 5h du matin
Mon cher Henri,
Je t’écris malgré notre petite brouille qui, j’en suis sûr, n’est pas bien grave. Je suis condamné à mort et doit être exécuté ce matin. Cela ne m’épouvante pas comme on a l’habitude de le croire. J’étais habitué à cette idée depuis le temps que je mène cette vie illégale. Enfin, passons !
Tu sais peut-être que la frontière italienne est fermée ce qui m’empêche d’écrire à mon oncle là-bas. Quant à mon frère, j’ignore où il peut être ; en tout cas, je compte sur notre amitié de jeunesse pour faire ce que je te demande. D’abord d’écrire à mon oncle, aussitôt que cela sera possible, de prévenir mon frère, si un jour il revient à Méricourt. Pour la lettre il faut la faire en italien.
Tu feras mes amitiés à nos anciens camarades, Louis, Gustave, son frère Léon, sa femme Fernande, sa mère. N’oublie pas cette dernière : elle me rappelle temps de choses (le bal chez Françoise). Va la trouver et dis-lui que je n’oublie pas les beaux dimanches passés ensemble. Elle connaît l’italien ; elle pourra faire la commission. N’ayant personne je t’envoie aussi ce qui me reste de linge ; arrange-toi avec elle ; elle a beaucoup d’enfants, cela pourra peut-être servir.
J’aurais encore des tas de choses à t’écrire sur mon compte, mais cela serait inutile.
Je te demanderai en outre de fleurir et de nettoyer la tombe de mes parents. Tu le feras avec les autres petits camarades, s’ils le veulent.
En ce moment je pense aussi à un grand petit camarade : je veux parler de Jean. Ma destinée et la sienne vont se rencontrer.
Si tu vois son père assure-le de toute mon affection ainsi que sa femme Marie et tous les petits.
Ne me plains surtout pas ; je meurs en soldat et bien d’autres avant moi m’en ont indiqué la route. J’espère que cela ne sera pas inutile ; j’en suis sûr.
J’entends des pas cher Henri je crois que ce sont eux. Seize copains avec moi vont faire le voyage ; le vent siffle et il pleut aujourd’hui !… Ça ne fait rien tout passe et les beaux jours reviendront vite !
Je te quitte avec le seul regret de ne pas dormir à côté de mes chers parents. Si un jour tu vois mon frère dis-lui que je meurs en pensant à lui, tout jeune encore.
Bien le salut à tous. Embrasse le père de Jean et toute sa famille pour moi, ainsi que la belle-mère et sa famille. Ne l’oublie pas surtout
Je te serre la main et te dis adieu
Verter

 Copie de la lettre éditée dans « Lettres de Fusillés ». Comporte 2 erreurs :la date d’exécution qui est en réalité le 26 janvier 1944 et le nom (il est indiqué à tort Sacelli au lieu de Saielli).


Jean SEDZE-HOO

Bordeaux le 21 septembre 1942
À ma petite femme chérie à ma petite fille Christiane et à mon petit garçon ou petite fille que je n’aurai pas l’occasion de connaître à mon père à ma mère à mon frère
A vous tous que j’aime beaucoup jusqu’au dernier moment tout mon amour toute mon affection va vers vous. Ma chère femme ma petite Christiane et mon futur héritier ou héritière je vous aime beaucoup. Ma chère mère mon cher frère mon cher père tous vous pouvez être fier de moi. Pour toi ma chérie ma petite femme tu me connais élève ma fille comme je l’aurais fait moi-même parle-leur toujours de son papa. Si j’ai un fils ou une fille donne lui mes prénoms. Chérie le coup pour toi est très dur. Mais surtout n’oublie jamais que tu as des devoirs de mère il faut que tu sois forte pour élever ta petite famille tu sais que j’aimais ma famille ne l’oublie jamais voilà chérie mes dernières recommandations je vais mourir et je suis sûr que tu feras cela tu vas être seule. Mais tu être sûre mais ma chérie que ton André ta toujours aimé et jusqu’au dernier moment ma pensée va vers toi. Toi ma petite Christiane il ne faudras jamais oublier ton papa tu en parleras souvent à ta maman chérie je suis sûr ma petite chérie que ta maman fera de toi une grande fille car ta maman est digne de ton papa. Monique je te quitte mais tu peux être sûre que je t’ai toujours aimé et que toujours je t’aimerai. Ma chère maman je sais tu as beaucoup de peine toi aussi mon père et mon frère aussi. Tous soyez fièrs de moi. Mes chers parents veillez sur ma femme et sur ma famille, comme je l’aurais fait. Je vais mourir heureux et tranquille car je sais que ma femme et ma fille et mon futur auront un père et une mère ça mes chers parents je vous le demande soyez un père et une mère pour eux à vous tous mes très chers mes dernières affections de gros baisers à toi Monique Christiane et mon futur héritier à toi maman et papa René
André

Copie de la lettre manuscrite adressée aux siens


Henri VINSONNEAU

Bordeaux ce 21-9-42
Ma chère petite femme
Mon cher petit Michou
Mes chers parents

Je viens vous donner mes nouvelles pour une dernière fois, nous venons d’être avertis du jugement qui nous frappe. Mes pensées vont toutes vers vous tous et je vous ai pourtant tant aimés pendant cette si courte vie nous avons été heureux quelques années et ne regrette pas mes dernières années.
Je vous désire tant de bonheur et s’il y a un dieu je lui demanderai de vous assister.
Aujourd’hui il fait froid.
J’aurais été heureux de vous lire et d’avoir encore une fois vos douceurs
Je vous embrasse tous très affectueusement de mes baisers les plus paternels et vous adresse mon adieu
Henri Vinsonneau
Bon anniversaire de mariage à mes parents
Bonne fête à mon petit Michou


 André dit Georges VITRAC

Bordeaux le 21 septembre 1942
Ma Simone chérie et ma Ginette adorée
Je t’écris ces quelques mots avant d’être passé dans l’autre monde. Où je vais te recommander de bien élever ma Ginette chérie je te souhaite aussi d’être heureuse dans la vie car tu le mérites. Bons baisers à tes parents ainsi qu’à mon père, mon frère et toute la famille et sans oublier les bons amis. Tâche d’être courageuse quand tu recevras la nouvelle que tu ne méritais pas.
Adieu, celui qui t’aimais pour la vie, beaucoup de gros baisers à ma fille chérie.
Georges
Ma dernière pensée sera pour toi et ma fille je vais à la mort courageusement. Adieu, mes chéris,
George

Transcription de la lettre adressée à sa femme


Pierre WIEHN

Fort du Hâ Le 11.1.44 7h du matin
Ma petite Paulette adorée
C’est chérie ma dernière lettre que je te fais car à huit heures je serai exécuté, chérie je te demande d’être très courageuse, moi je puise mon courage en toi et en Dieu, Je viens de ma confesser et de communier et je t’attendrai là haut mon amour
Je meurs en pensant à (Ici une ligne et demie rayées) Je sais chérie que tu te gardes à ton petit homme mais si un jour tu as l’occasion de refaire ta vie je t’autorise on amour chéri à le faire et à être heureuse, je te demande de penser souvent à ton Pierrot pour qui tu étais tout car je t’aime ma petite femme. Tout ce que nous avons est à toi chérie, je regarde la mort en face mais à toi chérie je te demande d’être très courageuse. Maman Sorlut te soutiendra que Paul et dédée.
Reçois mes derniers gros baisers mon amour chéri en attendant d’être réunis un jour je t’aime ma Paulette
Ton Pierrot je te demande pardon pour les souffrances que je t’inflige chérie car je sais que j’étais ta vie. Vive la France, je t’aime
Ton petit homme jusqu’à la mort
Pierrot

Transcription de la lettre manuscrite adressée à sa femme

À ses parents :

Fort du Hâ Le 11.1.44 7h
Chers papa maman et Jean chéris
Je vous envoie ma dernière lettre car à huit heures je serai exécuté je vous demande d’être courageux je meurs en chrétien et en soldat je vous confie ma Paulette et si un jour l’occasion s’en présente je l’autorise à refaire sa vie et lui faire avoir quelque chose plus tard. Jeannot pense à ton frère et obéis bien à nos chers parents je penserai à vous là-haut car j’espère que Dieu nous réuniras tous. Que ma mort ne fasse pas de malheureux et pensez souvent à moi. Je lègue à Paulette ce qui était à nous.
Je vous demande pardon mes chers papa et maman chéri de la peine que je vous fait et vous embrasse bien fort tous les trois, votre grand qui vous aime
Vive la France
Pierrot j’espère que après la guerre vous pourrez faire xxx mon corps et le xxx à ma femme


Michel ZARZUELA

Bordeaux 21/9/1942
Ma chère petite femme aimée
Je t’écris cette dernière lettre car je viens d’apprendre que dans 2h je vais être fusillé, sois courageuse pense aux enfants tu sais que je n’ai jamais rien fait que j’ai toujours été bon pour vous hélas tout espoir de vous revoir et perdu.
Tu xxxx la nouvelle à ma mère.
Tu sais c’est dur de te faire souffrir de la sorte ma biche je t’ai toujours aimée et toujours été ton seul bien
Embrasse 1000 millions de fois mes chers petits enfants sois bonne mère les pauvres que j’aurai voulu au moins les embrasser ma mère et de grosses bises de son fils qui l’aime ne la rends pas malheureuse soit bonne pour elle. Embrasse ma sœur soyez bonnes les unes pour les autres embrasse toute la famille pour les enfants mon amour j’emporte ton souvenir avec moi surtout maitrise toi que tu as 2 enfants à élever pense à leur avenir soit bonne mère mon amour quelle cruelle chose enfin tu sauras que je suis toujours ton Michel même au dernier moment et dans la mort je vous demande pardon de vous faire souffrir surtout ma pauvre maman quelle cruelle nouvelle pour elle et pour toi chérie enfin je vais te quitter mon trésor les dernières grosses bises et souvenirs à tous Quand cette lettre te parviendra ma biche je ne serai plus dans ce monde sois courageuse pense aux enfants ….  créer un nouveau et heureux foyer pour élever mes chérubins sois heureuse toute ta vie j’emporte ton souvenir avec moi Maman pardon, Yvette pardon, pardon à tous votre Michel qui pense à vous tous et emporte votre souvenir avec lui