Cérémonie Mémorial de Souge 26/10/2025. Allocution de l’Association du Souvenir des Fusillés.
Mesdames et Messieurs,
Merci tout d’abord, pour leur présence,
À Monsieur Mathieu Doligez sous-préfet de Libourne représentant Monsieur le Préfet, Préfet de Nouvelle-Aquitaine, Préfet de la Gironde,
À Monsieur le Général Stéphane Groën Officier Général de la zone de défense et de sécurité Sud- Ouest ,
Aux représentants des institutions, aux élus(es), aux autorités militaires,
Merci aux municipalités de Bordeaux, Saint Médard et Martignas qui nous aident sur le plan matériel,
Merci au 13ème RDP pour sa contribution à la préparation et à la rénovation du site,
Merci à la Chorale des Amis de l’Ormée, aux composantes, à tous ceux qui ont aidé à l’organisation de la cérémonie, aux familles, à vous tous qui vous êtes déplacés en ce dimanche après-midi.
Les différentes commémorations du 80ème anniversaire de la guerre 1939-1945, avec cet été le rappel des drames d’Hiroshima , de Nagasaki et la reddition du Japon nous ont permis de rappeler, en ce qui nous concerne, les années précédentes, l’histoire des fusillades et des fusillés.
Cette année nous centrerons notre propos sur le contexte de la période de l’occupation nazie de 1940 à 1944 et notamment sur certaines dimensions humaines comme les conditions de vie de l’occupation, l’idéologie nazi et vichyste, les conditions d’engagements des opposants-résistants, les situations des familles de fusillés pour terminer sur les valeurs et enseignements de la Résistance.
Certes ceux qui avaient peu d’argent ont plus souffert que d’autres, mais vivre avec pendules et montres réglées sur l’heure allemande, sous la pression de la langue et de la présence de militaires, la peur des bombardements, le manque de nourriture, sans libertés, rendaient l’engagement difficile et périlleux.
La vie quotidienne avait changé. Imaginez-vous sous la contrainte d’une armée étrangère. Soudain, à 10h, il est 11h ; les panneaux indicatifs sont en allemand ; dans les rues vous croisez des soldats étrangers ; dans le ciel, les avions allemands d’abord puis alliés lâchent des bombes. Des quartiers sont détruits, des habitants meurent. Il faut apprendre à descendre dans les caves lorsque l’alerte sonne et vivre l’angoisse.
Et il faut manger ! mais les ressources sont confisquées par l’armée d’occupation ou envoyées en Allemagne. Alors ce sont les queues interminables devant les magasins, munis de vos tickets de rationnement. Il faut se souvenir du témoignage de cette maman, trouvant sur le trottoir une grosse pomme-de-terre, pour elle un trésor, qu’elle ramasse hâtivement pour faire une purée à sa fillette ; et la peur de la police !
D’autant que l’incitation à la haine, contre les indésirables, les étrangers, contre les rouges, contre les juifs comme dans l’exposition « Le juif et la France » présentée à Bordeaux de fin mars à la mi-mai 1942, exposition qui aurait -quand même- été visitée par 60 000 personnes, rendait tout le monde, suspicieux, suspect, replié.
Ainsi, un jour, dans un village, les gendarmes annoncent : « ton frère est mort dans la honte et le déshonneur »… Résistant communiste, il venait d’être fusillé à Souge !
Les arrestations dépendaient de règles extra-judiciaires, de décisions arbitraires du seul Préfet et/ou des Allemands.
Là aussi, rappelons-nous cette autre petite fille de 8 ans, rentrant dans la maison vide,( ses parents ayant été arrêtés en 1940 et à nouveau en 1942), après l’exécution de son père, à nouveau la maison vide car cette fois-ci c’est sa mère qui a disparu et qui ne reviendra jamais d’Auschwitz. Pas de condamnation : le règne de l’arbitraire vichysso-nazi.
Depuis notre département, 5000 déportés politiques et raciaux convoyés vers les camps de la mort dont 18 femmes mères, épouses, compagnes, sœur d’un des fusillés).
Sur les 256 fusillés, 127 l’ont été en tant qu’otages issus du camp de Mérignac et/ou résistants détenus au Fort du Hâ), désignés sur liste préparée par la police française et arrêtée par les Allemands, sans procès ni condamnation.
Seulement 77 fusillés sur les 256 ont fait l’objet d’un jugement par les cours spéciales de Vichy ou par les tribunaux militaires allemands
Oui, Il en fallait du courage pour s’engager, oui, ils en avaient des convictions ces hommes et ces femmes, résistantes et résistants, des convictions, différentes souvent, qu’elles soient idéologiques, religieuses, politiques. Mais cette diversité, nourrie de communistes, de gaullistes, de socialistes, de sans parti, de juifs, de chrétiens, de francs-maçons, faisait leurs forces car elle était tournée vers un même objectif, faire cesser la barbarie, combattre l’idéologie nazi, libérer le pays, retrouver la liberté, l’indépendance et reconstruire collectivement des jours heureux.
Lors des visites sur le site, nous racontons aussi le supplice pour les familles de devoir aller reconnaitre, après la Libération la dépouille de leur proche : cette jeune fille de 16 ans, ou cette épouse s’acheminant à pied depuis la gare ou cette sœur reconnaissant son frère grâce au pull qu’elle lui avait tricoté.
POUR LES FAMILLES DE FUSILLÉS -ET QU’IL LEUR SOIT ICI RENDU HOMMAGE-LA SOUFFRANCE RESTE DURABLE .DE L’ENFANT QUI N’A JAMAIS PU DIRE « PAPA » AU PETIT FILS QUI AURAIT AIME CONNAITRE SON GRAND PERE , DANS CES FAMILLES AMPUTÉES D’UN OU PLUSIEURS DES LEURS , LES TRACES SONT INDÉLÉBILES .
Fondée sur cette réalité, notre association transmet leur Souvenir, en portant l’Histoire, le récit de la guerre, de ses origines, de ses désastres, et la Mémoire dans sa dimension factuelle et affective.
Avec l’espoir que les valeurs de la Résistance, l’attachement à la République (liberté, égalité, fraternité, laïcité), à l’indépendance nationale, à la tolérance, à la démocratie, à la justice sociale, à tous les droits humains, soient le socle d’un vivre ensemble excluant l’autoritarisme, la xénophobie, l’antisémitisme et tous les racismes, toutes les barbaries d’où qu’ils viennent.
Et la levée d’indignation face à la tentative d’effacement du 8 mai nous conforte dans notre espoir.
Dans le contexte difficile de notre monde actuel, et alors que les héritiers de l’idéologie vichyssoise n’osent assumer leur filiation pétainiste d’extrêmes-droites, il nous paraissait utile de rappeler ces quelques principes seuls garants de la paix et du progrès pour notre planète bien malmenée.
Nous espérons enfin que le film -documentaire que nous venons de réaliser grâce notamment à certains d’entre vous, sera un vecteur supplémentaire à la disposition de tous et notamment des jeunes, pour mieux découvrir l’Histoire des fusillés de Souge
Merci.
À la deuxième enceinte
Cheminement entre les "silhouettes" des fusillés
Discours de l’Association par Jean Lavie
L'appel des morts
Dépôt de gerbe par les jeunes de la classse défense du collège des Eyquems de Mérignac, accompagnés de M. Mathieu Doligez, Sous-Préfet
À la première enceinte
Durant le discours de Dominique Durou, Jean-Michel Lagroye présente la veste de déporté de Georges Durou
L'assistance durant l'allocution
