Dernière(s) lettre(s)

ETCHEBARNE Robert

Etchebarne Robert

À sa femme :

Le Fort du Hâ, Bordeaux le 11 janvier 1944, 6 heures du matin

Ma petite femme adorée,

C’est la dernière fois qu’il m’est donné de t’écrire ma pauvre chérie, je ne veux pas t’attrister inutilement pourtant, il me faut me confesser à toi. Depuis le 22 décembre je suis condamné à mort et ce matin notre recours en grâce nous a été refusé. Nous devons être exécutés ce matin 11 janvier 1944 à 08 heures du matin, l’acte d’accusation est terrible :

« Tentative d’espionnage et de formation d’un groupe de résistance ». C’est une imprudence impardonnable qui m’a conduit ici : une lettre oubliée m’a perdu…

Sois courageuse ma douce aimée comme moi-même, je le suis.

Tu m’as rendu heureux pendant 10 ans ma Jeannette chérie. C’est beau, c’est magnifique. Vois-tu, ici-bas, il ne faut pas trop demander de bonheur et le nôtre était sans tâche. Je t’aime ma douce chérie et je suis heureux malgré tout de t’avoir légué deux belles poupées qui faisaient notre joie à tous les deux. Mes pauvres gosses te seront une bien lourde charge, mais je sais aussi qu’elles te seront une grande consolation. Ce qui me peine le plus dans ces derniers moments, c’est de penser que ta peine et ton chagrin seront immenses, pauvre petite femme chérie, sois digne ton Robert. Tu es vaillante et courageuse, tu as ton père auprès de toi qui t’aidera, c’est ce qui me console un peu. Il est une chose que je veux te dire, ma Jeannette chérie, tu n’as pas à t’excuser du malheur qui t’arrive, vois-tu ma chérie, c’est la fatalité, c’était écrit, ma vie devait se terminer ainsi. Je ne veux à aucun prix que tu t’accuses de rien, sois forte et courageuse. Dieu nous a été clément en l’occurrence, puisqu’il a voulu qu’avant de te quitter, je puisse te laisser en sécurité auprès de tes parents.

Tu feras donner au maximum, une bonne instruction à mes deux chéries. Tu tâcheras de leur faire une belle situation. Tu les habitueras à ne pas m’oublier.

Vois-tu ma douce aimée , c’est la guerre, la terrible faucheuse d’hommes, qu’il faudra leur apprendre à maudire.

Il eut peut-être mieux valu que je sois tué au combat, c’eut été plus noble, plutôt que de mourir ici bêtement. Mais je te laisse bien des soucis. Tout d’abord, notre meuble à Parthenay ensuite ta situation matérielle qui sera dure tant que la guerre ne sera pas finie.

Après tu auras quelques apaisements. Et ma dernière volonté est que tu fasses des démarches lorsque la guerre sera finie pour obtenir les compensations auxquelles tu peux prétendre.

Tu transmettras à mes frères et sœurs mes dernières pensées, tu leur diras que j’ai pensé à eux. Transmets aussi à ta famille mon adieu. Tu leur diras à tous que je meurs en soldat et je ne regrette qu’une chose, c’est de n’avoir pas vu se réaliser l’idéal pour lequel je vais tomber. À toi, ma Jeannette adorée, je ne veux pas t’attrister davantage mais avant de clore mes dernières lignes, je te demande pardon de la peine que je te fais.

Pardonne-moi comme je pardonne à ceux qui m’ont fait.

Courage chérie, adieu, je t’aime.

Je meurs chrétiennement. Courage.

Baisers

Robert Etchebarne
Transcription de sa lettre manuscrite à sa femme communiquée par l’Associaition honneur et Patrie de Charente-Maritime

À ses parents :

Bordeaux le Fort du Ha, le 11 janvier 1944 à 7h
Chers parents
Pardon de toutes mes dernières forces j’aurais dû vous écouter cher papa mais voyez-vous c’était déjà trop tard. je vous demande maintenant d’atténuer la peine de mes chéries de ma Jeannette aidez la pour elle et pour mes deux chéries je compte sur vous et je sais que ce n’est pas en vain vous saurez lui atténuer ses moments pénibles et lui faire comprendre qu’elle se doit à mes deux chéries. Pardon pour la peine que je vous fais pardon Maman Pardon Papa Pardon à toi aussi Maurice je veux que tu deviennes un homme qui puisse aider sa sœur et mes chères petites adorées je vous les confie à tous et j’ai confiance en vous tous c’est voyez-vous les seules consolations qui me permettent d’affronter avec courage le dernier moment. Je tomberais bravement mais j’aurais voulu voir la fin avant. Pardon de toutes mes forces et Merci pour les lourdes charges que vous avez déjà acceptées Courage et à tous mes meilleurs baisers
Robert Etchebarne
Transcription de sa lettre manuscrite