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BORDEAUX le 26-1-44
Chers Parents
Voilà bien longtemps que je voulais vous donner de mes nouvelles; j’ai demandé à de nombreuses reprises depuis mon arrestation la permission de vous écrire mais je n’ai pu le faire plus rapidement.
Je vous écris aujourd’hui pour vous annoncer une bien mauvaise nouvelle : j’ai été jugé le 20 courant et condamné à mort, l’on vient de m’informer que l’exécution aurait lieu ce matin.
Je n’ai donc plus que quelques heures à vivre.
Je vous dis adieu cher papa et chère maman, soyez assurés que je serai courageux, je n’ai en rien démérité de votre estime, j’en suis toujours digne ainsi que de celle de tous mes amis.
Je partirai la conscience tranquille, n’ayant rien à me reprocher, je reste inébranlablement fidèle à l’idéal pour lequel j’ai depuis longtemps fait le sacrifice de ma vie.
Si je devais recommencer ma vie, c’est encore la même voie que je suivrais.
À ROLANDE et à vous, cher papa et chère maman, je confie mon petit ROBERT chéri, veillez sur lui, faites qu’il devienne un homme tel que j’aurais voulu qu’il le fût s’il avait vécu près de moi.
Chers parents, je vous charge d’annoncer la mauvaise nouvelle à ma chère ROLANDE, dites-lui d’embrasser bien fort ma petite chérie pour moi. J’espère qu’elle va bien malgré son état, sans cesse je pense à elle.
Que ROLANDE dise à MIMI que je compte sur elle pour élever mon petit ROBERT chéri comme j’aurais désiré qu’il le fût et que je désigne ROLANDE pour me remplacer près de lui, c’est-à-dire comme tuteur. C’est ma dernière volonté.
Que vous avez dû être inquiets de ne pas savoir ce que j’étais devenu, que j’avais de peine de ne pas pouvoir vous donner de mes nouvelles, de ne pas recevoir des vôtres.
Cher papa et chère maman, soyez courageux et forts, ne pleurez pas, dites bien à tous mes amis que je reste digne de leur estime.
Je pars avec la certitude que la fin de l’horrible cauchemar que nous vivons depuis plus de 4 ans est proche et que ceux qui survivent connaîtront bientôt un avenir meilleur.
Embrassez bien fort mon petit ROBERT chéri pour moi ainsi que notre petite DANY.
Encore une fois, chers parents, je vous dis adieu ainsi qu’à tous parents et amis, aussi à PIERROT.
Votre fils qui n’a cessé de penser à vous,
ROBERT
P.S. J’avais formulé un recours en grâce, mais il a été repoussé.
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