Historique de la formation :
Le groupe Bourgois du nom de Maurice Bourgois était un groupe FTPF (Francs Tireurs Partisans Français) ayant résisté en Gironde et en Charente Maritime durant l'année 1943.
La répression engagée par Vichy dès la mi-40, poursuivie en lien avec les allemands, s'est traduite en Gironde par des centaines d'arrestations, suivies souvent d'internements au Fort du Hâ et/ou au Camp de Mérignac, ainsi que plusieurs fusillades massives à Souge. (cf 24/10/41 et 21/09/42 notamment).
La résistance fin 42 est dans une situation très affaiblie, que ce soit la résistance gaulliste, socialiste ou communiste.
Aidé par les anciens communistes Vincent, Giret et Piquet, le commissaire Poinsot parvient à démanteler les structures FTPF de la région bordelaise dans le courant de l'année 42.
Henri Souque dit Perrier, l'un des trois responsables du triangle de direction du PCF clandestin organisé par Henri Chassaing au moment de sa mobilisation, est chargé dès 1941 par Charles Tillon de former le premier groupe Franc Tireur en Gironde. (avec son épouse Jeanne, Henri Souque avait hébergé Charles Tillon dans leur moulin à Gradignan durant la drôle de Guerre. Mais arrêté quelques mois après sa femme, le 27 /1/43, Henri Souque est déporté à Mauthausen d'où il reviendra. Jeanne, déportée également est décédée du typhus à Birkenau le 1/04/43.
Certains éléments locaux du groupe avaient du même coup perdu contact avec la direction des opérations.
Confronté à cette situation, l'état major national des FTPF prend des mesures.
René Migeot, commandant FTPF en Champagne Bourgogne, mais recherché dans cette région, est envoyé à Bordeaux, en qualité d'inter-régional militaire, de même que Émile Chesne jusque là inter-régional dans la Sarthe. Migeot rejoint Roger Bourdy qu'il a connu à Reims et qui est commissaire politique. Bourdy avait déjà fait appel à des clandestins des Jeunesses communistes du Dijonnais qui seraient venus à bicyclette. Parmi eux Jeanine Lejard (alias Jacqueline) basée à Sainte Foy la Grande et agent de liaison auprès du comité militaire national. Arrêtée, déportée, elle mourra à Ravensbrück. Autre J.C. venu de Côte d'Or, le breton Joseph Lopin qui fera lui aussi partie du groupe Bourgois comme agent de liaison.
Robert Vonet affecté en Gironde comme interrégional politique de la côte atlantique.
Maurice Bourgois, arrive lui de Châtellerault, comme inter-régional politique FTP, avec le grade de capitaine.
Le contact sera établi par Guy Bacquey qui venait de quitter la Dordogne et avait transité par Moulin Neuf dans la famille Reyraud dont le fils avait déjà était fusillé le 24/10/41. Sa veuve Renée fera partie du groupe avant d'être déportée à Ravensbrück. Revenue de camp elle sera députée du PCF de la Gironde à la Libération.
Henri Fourcade alias Maurice, travaillant aux ateliers SNCF de Bordeaux rencontre donc Bacquey qui ensuite est envoyé vers Poitiers en juillet /août 43. Le commandement est en place, les liens sont établis, la reconstruction du groupe est rapide avec quelques jeunes recrutés aussi sur place.
Les effectifs du groupe :
Des témoignages et documents fournis par les membres et animateurs du groupe rescapés des camps de concentration, il ressort que les FTPF en Gironde comptaient :
- au 1/1/43: 1 officier, 1 sous officier et 10 agents ;
- au 1/7/43: 2 " 3 " 45 " ;
- au 1/9/43: 4 " 8 " 60 " .
Selon différentes sources semblaient organisés, les groupes :
- -de la forêt de la Double ;
- - des chantiers de la Gironde ;
- - des cheminots ;
- de Parempuyre ;
- de Poliet et Chausson ;
- - de Bourg sur Gironde ;
- de l'usine Walter au Vigean.
Selon le recensement effectué par les survivants du groupe :
- -17 ont été fusillés à Souge;
- -13 sont morts en déportation;
- -20 ont survécu à la déportation;
- -6 n'ont pas été arrêtés.
- (si la liste des fusillés est celle établie par la préfecture, les autres sont des listes manuscrites établis par les témoins à leur retour de déportation. Cela peut expliquer les différences numériques et les orthographes peuvent être approximatives, d'autant que les cloisonnements étaient tels que tous ne se connaissaient sans doute pas ….. et cela valait mieux souvent.
Les actes de résistance du groupe :
Dans un premier temps, il fallait remettre en route l'activité propagande qui avait pratiquement cessé depuis novembre 42. Bientôt allait paraître" le Franc Tireur du Sud Ouest", sous la forme d'une feuille ronéotypée recto-verso. Le "père Gouzille" avait installé une ronéo dans la cheminée de son appartement de la rue Bouffard, surplombant la permanence de police. Henri Fourcade amenait les stencils que Paul Rémy, son ami de Bruges, avait au préalable confié à deux voisines dévouées. La propagande s'intensifie chez les cheminots notamment et dans le quartier Nansouty : diffusion de la Vie Ouvrière le 1er mai 1943, étiquettes auto-collantes placardées sur les poteaux ainsi que sur les murs de la rue de Bègles, à l'intention de soldats autrichiens requis de force dans la Wehrmacht et plongés dans une guerre qui n'était pas la leur.
À quelques jours du 14 juillet fut lancée par les FTP une vignette de souscription destinée à entretenir les fonds de solidarité en faveur des familles de combattants et emprisonnés. L'opération connut un grand succès. (cf. reproduction ci-dessous).
Le 15 juillet 1943 le groupe Bourgois (dit aussi Liberté) se lance dans une série d'actions de sabotage. Le numéro de septembre de Franc Tireur du Sud Ouest fournissait un bilan d'actions menées avec succès dans la région. Les survivants dans leurs témoignages complètent cette liste.
- 15 juillet 43 : incendie du cantonnement du poste de DCA du Vigean (5 baraques sur 7 sont détruites).
- nuit du 7 au 8 août 43 : câbles téléphoniques sectionnés, installations téléphoniques et électriques du poste de DCA de Lormont-Bassens tombent en panne.
- 10 août 1943 : exécution d'une sentinelle et récupération d'armes et munitions.
- 9 août 1943 : déraillement d'un convoi sur le chemin de fer de ceinture, au lieu dit " La Vache" à Bruges. L'opération était conduite par François Abarratégui, assisté de Raymond Lucas, Antoine Dubrous, André Guérin, et Serge Dejean.
- 20 août 1943: sabotage d'un convoi de matériel sur la ligne du Médoc, à Saint Germaine. Une centaine de tonnes de fers à béton jonchent le sol.
- 25 août 1943: exécution (réussie ?) de l'officier italien de l'OVRA (gestapo italienne) Luigi Mami, rue Lacornée, action préparée par les italiens du groupe. (Giusto Carione, Werther Saïelli, Guiseppe Montanari …).
- 26 août 1943: André Langeron, du bureau fédéral du PPF (Parti Populaire Français) est abattu par René Migeot et Charles Bochard. Il s'agissait d'un transfuge du Parti Communiste français.
- 12 septembre 1943 : sabotage sur le chemin de fer de ceinture à Gazinet.
Le démantèlement du groupe:
Le 27 août 43, arrestation de Werther Sailli, responsable régional du comité italien.
Le 5/09 c'est le tour d'Émile Chesne.
Et le 13 septembre, suite à des dénonciations, allaient commencer les opérations de démantèlement du groupe. Maurice Bourgois et Jean Delbos sont arrêtés le 15 septembre 1943, ainsi qu'Alain Domec, Georges Rossignol, et Gilbert Faure. Sur le carnet de Jean Delbos va être trouvé le nom de François Abarratégui qui sera piégé le 19 suivant. La nasse est en place ; ils sont nombreux à se faire prendre. Du 16 au 30/09 vont tomber Paul Rémy, Marc Tallavi, Jean Aubourg, René Migeot, Serge Dejean, Pierre Charrier et Louis Navailles
L'arrestation de René Migeot et la perquisition qui fut effectuée à son domicile amenèrent la découverte d'un stock d'armes et de munitions, ainsi que de documents planifiant des opérations devant se dérouler en Gironde, dans les Landes, les Basses Pyrénées et la Charente.
"Résistance Fer" poursuivra les actions de sabotage entreprises par le groupe Bourgois.
La condamnation et l'exécution:
Incarcérés au Fort du Hâ ils savent ce qui les attend. (lettre de Migeot écrite à sa tante le 30/10).
Jugés pour actes de Francs Tireurs devant le Tribunal de guerre de la Feldkommandantur 529 siégeant pour l'occasion au palais de justice de Bordeaux, 17 sont condamnés à mort. Leur grâce est refusée le 22/1, la peine capitale confirmée, du fait que certains d'entre eux étaient des responsables régionaux, voire inter-régionaux du parti communiste.
Leurs dernières lettres d'avant exécution sont marquées du sceau de l'amour, du courage, de la détermination.
Une note du 9/2/44 de la Préfecture de la Gironde, service "Affaires de l'occupation" nous rappelle les noms des 17 fusillés du 26/01/44 au camp de Souge, ainsi que les lieux d'inhumation
Ainsi,
Georges Bourdy, René Migeot, Jean Aubourg, Charles Bochard, François Abarratégui, sont inhumés au cimetière de Saint Médard en Jalles.
Guisto Carione, Werther Saielli, Jean Barrière, Arnaud-Serge Dejean, sont inhumés à Saint Aubin du Médoc.
Pierre Charrier, Maurice Bourgois, Alain Domec, Raymond Lucas sont inhumés à Saint Jean d'Illac.
Antoine Dubrous, Guiseppe Montanari, Robert Vonet, Émile Chesne reposent à Martignas sur Jalle.
Joseph Lopin appartenant également à ce même groupe sera lui fusillé le 25 mars 44. Peut être un complément d'enquête avait-il été demandé?
Sont morts en déportation: Dedieu, Gervais, Fraidon, Tallavi, Dubos, Saint Cric, Dubois, Craynes, De Philippo, Faivre, Clémenceau, Durin, Torralba.
Sont revenus de déportation: Fourcade, Sayo, Renée Reyraud , Porcheron, Pomerol, Ardivillier, Remy, Bernicart, Darieux, Extra, Lançon, Navailles, Dieu, Lagrange, Texier, Rossignol, Dussou, Depeyroux, Desbat( Mme), Diolé.
Autres membres du groupe: internés et relâchés, non arrêtés : Pezat, Lafaye, Talavit, Abarratégui Jean.
Le groupe Bourgois confronté à une imposture:
À leur retour de déportation en 1945, les rescapés du groupe Bourgois veulent reconstituer leur "ordre de bataille" : cette pièce est indispensable pour obtenir la reconnaissance de l'autorité militaire et les quelques avantages qui y sont liés. Pour eux, mais aussi pour les ayants droits, les veuves, les orphelins. Il ont alors la désagréable surprise de constater qu'entre temps, deux groupes appartenant à l'OCM (organisation civile et militaire), le groupe " Maillane" et le groupe " Charly" ont récupéré à leur compte les actions du groupe Bourgois.
Le dossier du groupe Bourgois sera reconstruit grâce au travail collectif, d'André Sayo, Maurice Fourcade et Ardivillier, le plus jeune rescapé.
Il faut attendre 1969, pour que se tienne, à Lormont, une table ronde, à la fin de laquelle monsieur Ferrier pour l'OCM et monsieur Ballan pour "Maillane", reconnaissent que leurs organisations respectives ne pouvaient revendiquer les actions imputables au seul groupe Bourgois.
En 1980, Henri Fourcade, liquidateur du groupe (c'est le nom donné à ceux qui avaient autorité reconnue par l’État pour valider l'appartenance à un groupe de résistants), fit parvenir ses conclusions au ministère des anciens combattants. Celles ci furent rejetées malgré le bien fondé reconnu de l'enquête. La révision n'était plus recevable car, règlementairement, il était impossible de revenir sur la procédure et enfin reconnaître la réalité.
Outre les actions de sabotage, le groupe collectait des fonds de solidarité et diffusait un journal.
Durant la période de clandestinité, la vie était rude !
Ci-dessous des extraits de lettre adressés à Henri Chassaing par Yvonne Dumont, compagne de Robert VonetLettre du 10 janvier 1985
"...Quand je suis arrivée en Gironde…en novembre 1942, la vie y était intenable, principalement à Bordeaux ou sévissez le traître Giret...".
Lettre du 10 décembre 1988
..Josette m'envoya dans le Sud-Ouest, elle ne me cacha pas la situation catastrophique, notamment de la Gironde où tout était à reconstruire… La responsable départementale (que nous avions amenée de Paris), m’y dégota une pièce sans chauffage, sans eau, sans lumière qui me servait à l'occasion de refuge si j'arrivais trop tard à Bordeaux pour avoir un train...
Je n'ai pas vécu la terrible rafle d'octobre 1942. Je lui ai succédé en quelque sorte. La reconstruction était terriblement difficile. Certes la terreur sévissait à peu près partout où je suis passée… Mais avec Poinsot, Vincent Giret, c'était particulièrement ardu. La direction du parti ne laissait pas y séjourner longtemps les cadres qui avaient la chance d'échapper aux mailles du filet. Pour la première fois depuis ma vie clandestine, c'est dans cette région que je circulais avec un revolver attaché par un cordon autour de la taille sous la jupe. On a réussi à remettre en place plus ou moins les FTP, le service allemand… et sauf à Bordeaux, les femmes, c'est à dire à faire parvenir sur le plan matériel, journaux, tracts ; les difficultés étaient grandes pour les faire reproduire. Nous étions tenues à de grandes précautions pour le véhiculer. J'ai dormi bien des fois dans la salle d'attente de la gare d'Angoulême, en attendant la correspondance, soit pour Paris, soit pour Bordeaux… La direction nous a donc fait quitter cet Inter début mars 43. Vincent, ses acolytes tel Giret finissaient très vite par repérer les dirigeants mis en place.Lettre du 10 mars 1989
J'ai été affectée en novembre 1942 à l'Inter région qui comprenait Gironde, Charente, Charente Maritime Basses Pyrénées, Landes. Ces 2 dernières avec des zones interdites. Je quittais l'Inter région Bourgogne Franche-Comté. C'est dans cette Aquitaine que je fis connaissance de Robert Vonet, qui en était l'inter-politique. Il venait de s'évader du camp de Rouillé. Il avait pour pseudonyme Michel et moi, Arlette et aussi Martine.À mon arrivée on ne mit au courant en gros (sans détails), du coup de filet de la Gestapo qui décapita notamment la Gironde et au-delà. On m'expliqua « l'affaire Giret » afin que je sois en garde, ce qui n'empêchera pas Gisèle, l'agent de liaison, de me l'amener un jour… Je me souviens d'avoir fait en sortant du café par une porte de derrière une quinzaine de kilomètres pour éviter le train, tant au départ qu'à l'arrivée à Bordeaux. Je n'ai jamais eu de vrai contact à Bordeaux. Je n'ai jamais ni mangé ni dormi chez qui que ce soit. J'avais mis en place une responsable départementale venue de l'extérieur dont le nom, m'échappe. Étant donné les dangers réels et la suspicion qui en découlait, nous respections un cloisonnement absolu..."
Article paru dans Sud-Ouest le 30 mai 2022
L'activité du groupe
Après guerre, pour permettre la reconnaissance de l'activité de résistance, les membres survivants des différents groupes ont dû présenter un "ordre de bataille", décrivant les actions menées.
Puis, l'un de ces survivants recevait l'agrément du Ministère des Anciens Combattants pour délivrer des attestations confirmant l'appartenance de l'un ou l'autre au groupe.
Ci-dessous, l'ordre de bataille du groupe Bourgois (Archives ASFS)
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