OUBLIER , JAMAIS !
Les pavés de la Mémoire ont été crées par le sculpteur allemand Gunther Demnig.
Plusieurs universitaires de Bordeaux-Montaigne ont exposé dans un article publié par Cairn-info la démarche de l'artiste qui a lancé ses créations dans les villes allemandes.
Ils décrivent leur implication dans la mise en œuvre de cette démarche. Leur très intéressant article est accessible en cliquant sur le lien suivant permettant de découvrir les divers pavés installés à Bordeaux : Cairn Ce groupe a été à l'initiative de l'installation en 2017 à Bègles de deux pavés devant l'ancien domicile de Paula et Raymond Rabeaux. Paula résistante, décédée en déportation, Raymond fusillé à Souge.
Les victimes du nazisme ont été non seulement multiples mais diverses. Ils pouvaient être résistants, persécutés parce qu'ils étaient juifs, tsiganes, , handicapés, franc-maçons, homosexuels ou tout simplement ils ne correspondaient pas aux critères nazis.
Depuis plusieurs années, en Gironde deux municipalités, Bègles et Bordeaux, participent à la mise en place de "Stolpersteine". Notre association a été invitée, avec d'autres, à participer à la réflexion sur la création de nouveaux pavés.
Le 13 octobre 2025, deux pavés ont été posés devant le dernier domicile de Germaine (CANTELAUBE Germaine) et Jean Cantelaube (CANTELAUBE Jean) 31 rue de Lavaud à Bordeaux.
Le 24 novembre deux autres pavés ont été scellés en hommage à Georgette (BRET Georgette )et Robert Bret (BRET Robert) 82 rue Dubourdieu à Bordeaux.
Pour les programmes des années à venir et afin de nous inscrire dans la diversité de la Résistance, nous avons proposé Pierre (GIRARD Pierre ) et Marcelle Girard (GIRARD Marcelle ) et Louis (JACOB Louis Robert) et René (JACOB René) Jacob.
Le 24 novembre 2025, 82 rue Dubourdieu en hommage à Georgette et Robert Bret


Intervention de Dominique Mazon au nom de l'Association
Merci, tout d'abord à la municipalité bordelaise pour son implication dans la pose des pavés de la Mémoire. Merci au personnel qui s'implique dans cette action.
Robert et Georgette Bret, un couple ordinaire…
Presque ordinaire.
Lui était ajusteur aux TEOB, elle était couturière. Ils se sont mariés le 20 septembre1930.
Jusque-là, rien qui sorte de l'ordinaire.
En 1936, il anime avec Armand Gayral la grève qui vide Bordeaux de ses bus. C'est un militant syndical et il est membre du parti communiste.
Dans cette période d'espoir né du Front Populaire, les grèves extrêmement suivies dans tout le pays, permettent aux salariés d'arracher des victoires revendicatives. Souvenons-nous : augmentations de salaires, congés payés etc.
Les militants sont nombreux, donc Robert et Georgette restent un couple ordinaire. Notons cependant que nous n'avons pas retrouvé d'archive concernant Georgette. La police surveillait moins les femmes, sauf dans les usines et manufactures…
Et le temps coule.
Mais en Allemagne monte une idéologie xénophobe et dominatrice : le nazisme. L'armée allemande va envahir et occuper notre pays avec la complicité du Maréchal Pétain qui appelle les habitants à la collaboration avec l'occupant.
Et là, notre couple n'est plus ordinaire ! Leur profil les classe dans les individus dangereux.
Une perquisition à leur domicile, comme dans 147 autres domiciles de communistes, n'a, selon la police elle-même, donné aucun résultat.
Il n'empêche : écoutez la lecture d'un arrêté préfectoral du 22 novembre 1940, signé par le préfet Pierre-Alype. « Vu le décret du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la Défense Nationale et la sécurité publique… M. Bret Robert … est astreint à résider au Centre de séjour surveillé de Bordeaux où il sera immédiatement conduit. », et plus loin il ne devra en aucun cas « quitter sans autorisation les lieux fixés pour sa résidence ».
Une fois arrêté, il est très longuement interrogé dans le but de lui faire donner les noms de ses camarades.
Puis, au Centre de Séjour surveillé de Mérignac il est requis comme manœuvre de cuisine.
Interné administratif, il demande à plusieurs reprises le versement à son épouse de l'allocation prévue. Georgette fait de même. Car il a bien fallu qu'elle et leur fille se nourrissent et parviennent à vivre depuis la suspension de Robert par la direction de son entreprise. Enfin, elle recevra l'allocation en février 1941.
Car Robert a été suspendu par la direction des TEOB qui rend scrupuleusement compte au préfet des mesures prises à l'encontre des militants et demande des instructions. L'assujettissement au pouvoir n'a pas beaucoup de limite pour ce directeur.
Mais la Résistance communiste à l'intérieur et à l'extérieur du camp se développe et engage la lutte armée. Un militaire allemand est tué sur les boulevards de Bordeaux. Les allemands exigent le versement d'un tribut : l'exécution de 50 otages.
Une liste, dont les propositions sont rédigées par la police française, sera établie par les allemands. 35 seront pris à Mérignac, 15 au Fort du Hâ. Et le 24 octobre 1941, le directeur du camp nous informe qu'un détachement allemand est arrivé à 8 h, départ avec les condamnés 9h15. Retour vers 11h pour ramener leurs effets.
Voilà, c'est sec, mais clair. Robert ,cet individu dangereux qui distribuait des tracts et militait contre l'occupation de son pays, est mort, comme son copain traminot, Armand Gayral et comme les 49 autres qui aspiraient, dans la diversité des opinions, à la libération de leur pays.
Tous deux figureront sur une plaque commémorative dans leur entreprise.Georgette ne va pas renoncer à leur engagement commun. Elle va, de son côté continuer, à sa façon, à aider à la lutte résistante.
Dans la famille Fourcade (nom de jeune fille de Georgette), on est patriote-résistant. Comme son frère Paul, militant lui aussi, ouvrier à la SNCASO qui sera arrêté le 20 juillet 1942 et fusillé comme otage le 21/9/1942. Tous des gens ordinaires. Mais qui savent s'engager et agir, quitte à se mettre en péril.
Georgette héberge d'autres résistants recherchés par la police. Mais parmi eux, se trouve un couple qui va, par lâcheté ou par appât du gain dénoncer tout le groupe qui va « tomber » en juillet.
Ce couple de traitres qui a, à son actif, (on ne peut pas dire s'agissant de telles personnes qu'ils ont sur la conscience !) des dizaines de morts exécutés ou déportés, ce couple donc a échappé au jugement après la guerre et n'a pas été victime de l'épuration : ils sont morts dans leur lit à 63 et 69 ans. Mais entre temps, ils ont pu vivre, eux. Ni Robert, ni Georgette.
Après une opération et pour se protéger, Georgette se réfugie à Dax, chez sa sœur et son beau-frère. Elle y est arrêtée le 28 août 1942. Un rapport de gendarmerie précise : qu' « elle a été arrêtée à la suite d'une communication téléphonique émanant de la brigade mobile, section politique de Bordeaux » par les services de Dax. Elle a été « remise aux inspecteurs de la brigade mobile de Bordeaux qui se trouvaient ce jour-là à Dax (par hasard ?) et qui l'ont ensuite emmenée sur Bordeaux. ».
Poinsot, le serviteur zélé des nazis n'a pas estimé qu'elle était une personne ordinaire. Les mesures prises pour cette arrestation parlent d'elles-mêmes
Leur fille, recueillie par sa tante, a communiqué nombre d'éléments à l'Association du Souvenir des Fusillés de Souge, mais encore en 2008, elle confirme qu'elle ne participera pas à la cérémonie « la charge émotionnelle étant trop forte ». Ce qu'elle a confirmé par téléphone encore l'an passé. Car perdre ses parents, est une douleur qui ne se soigne pas. En tous cas, pas chez les gens ordinaires…
D'abord inhumé à Souge, Robert a été réinhumé au caveau des fusillés à la Chartreuse le 13/7/51. Le dossier de Georgette indique que décédée le 22 mai 1943, elle fut inhumée au « cimetière d'Auschwitz », ce cimetière qui n'existe pas.
C'est donc ici, devant ce qui a été le domicile familial, que nous allons sceller deux pavés portant leurs noms. Des pavés, pierres d'achoppement, qui espérons-le, seront un obstacle à l'oubli de ces gens ordinaires qui nous ont conservé notre pays.
Intervention en présence de Baptiste Maurin, adjoint au maire de Bordeaux , de Camille Choplin, maire-adjointe du quartier de Nansouty et Nicolas Thierry, député de la Gironde.
Interventions de Yaëlle R. et Manon S. élèves de terminale au Lycée Magendie

Yaëlle :
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Yaëlle et je suis en classe de Terminale. Moi et mes camarades ici présents, nous représentons aujourd'hui l'ensemble du lycée François Magendie. Personnellement, je ne connaissais ni l'histoire de Georgette et Robert Bret, ni celle de mon quartier, ni celle des évènements qui s'y sont déroulés il y a près de 80 ans. Grâce au travail des associations et notamment celui de l'Association du souvenir des fusillés de Souge que nous avons eu la chance de rencontrer et avec laquelle nous avons pu interagir, nous avons eu la possibilité d'accéder à des archives et à des documents d'époque qui nous ont permis d'en apprendre plus sur l'histoire de notre quartier qui nous étaient méconnus. Nous tenons également à remercier la mairie de Bordeaux pour tout le travail réalisé afin d'entretenir, de préserver et surtout de partager cette mémoire locale. Ce travail de mémoire nous tient particulièrement à cœur car en tant que citoyens en devenir et étudiants à Bordeaux, il est dans notre devoir d'entretenir la mémoire pour continuer à honorer afin de ne jamais oublier.
Manon S

Par quoi commencer ? Ou même… par qui ?
Nous, élèves de Terminale, en 2025, ici à Bordeaux, loin du quotidien de la guerre, loin de la vie des Bordelaises et Bordelais pendant l'Occupation… comment pouvons-nous aborder quelque chose qui a bouleversé autant de vies de notre point de vue de lycéen ? Chaque matin, nous allons au lycée Magendie, juste à quelques rues d'ici. On traverse un quartier qui nous semble ordinaire mais qui ne le fut pas pendant la Seconde Guerre mondiale.
Un quartier où l'on a été heureux en famille, où l'on a eu peur aussi, où l'on a caché des amis, militants, juifs, où l'on a dû faire avec l'occupation nazie. Des trottoirs, comme celui-ci, que nous prenons sans y penser, ont été foulés par des femmes, des hommes, des enfants, des militants. Ces rues ont porté leurs pas… et aujourd'hui, c'est nous qui suivons leurs traces.
Au lycée, avec l'Association du Souvenir des Fusillés de Souge, avec M Jean Lavie et Mme Dominique Mazon, nous avons approfondi cette histoire. Pas seulement dans les livres : dans les archives. A travers des lettres, des documents de la préfecture, des photographies. Nous avons vu des preuves. Des traces réelles, concrètes, qui disent peut-être mieux que n'importe quel discours, ce que fut la guerre, et ce que furent la répression et la collaboration. Les coupables, nous les connaissons mais nous n'en parlerons pas aujourd'hui, ce serait leur faire trop d'honneur. Les lycéens de Magendie ont choisi leur camp depuis bien longtemps.
Pendant nos recherches, nous avons remonté le temps et rencontré des gens aujourd'hui disparus. Parmi ces vies retrouvées, il y a celle de Robert et Georgette Bret à qui nous rendons hommage aujourd'hui. Un couple du quartier, des travailleurs, des militants, des parents : une famille... Deux existences simples, mais frappées par une violence immense. Deux vies qui racontent la force, mais aussi la fragilité de ceux qui ont dit non à la collaboration et à la soumission.
Et surtout, avec Georgette, je me souviens de toutes les femmes qui ont affronté la clandestinité, la peur, les arrestations, les interrogatoires, la prison. Toutes celles dont l'histoire n'est pas toujours racontée, mais qui ont tenu bon pour leurs enfants, leurs proches, et parfois pour un idéal plus grand qu'elles, comme Robert l'a fait avec son ami Armand Gayral en 1936, alors qu'ils travaillaient à la compagnie des tramways de Bordeaux.
Mais cette histoire ne s'arrête pas ici, au 82 rue Dubourdieu. Elle nous mène avec Robert jusqu'au camp de Souge, où il fut exécuté un matin d'octobre 1941. Avec Georgette, elle nous mène à Romainville, à Compiègne, à Auschwitz. Un lien brutal, douloureux, mais bien réel entre Bordeaux et le plus grand camp d'extermination nazi.
En janvier prochain, nous partirons là-bas. Nous marcherons, nous aussi, sur leurs traces. Nous poserons nos pas là où Georgette a marché. Dans ce lieu où elle a été déportée en 1943, photographiée, enfermée. Dans ce musée où son visage est encore présent, figé dans l'histoire mais vivant dans nos mémoires. Là-bas, enfin, nous pourrons lui rendre hommage comme aujourd'hui. Pas seulement en apprenant son nom, mais en portant sa mémoire, en la voyant, en comprenant ce que signifie vraiment être arrachée à sa ville pour être conduite jusqu'à Auschwitz. Aujourd'hui, si nous sommes réunis, c'est pour que leurs voix ne s'éteignent pas. Et aussi pour faire vivre la mémoire d'un quartier qui a dit non. Pour rendre justice aux femmes et aux hommes qui sont restés debout. En hommage à toutes les familles séparées, en hommage à leur fille. Et pour que, de Bordeaux jusqu'à Auschwitz, la mémoire circule, se transmette, et continue de nous éclairer.

Intervention de Baptiste Maurin, adjoint au maire de Bordeaux chargé du patrimoine, des mémoires et de l'éducation artistique et culturelle, en présence de Camille Choplin, maire-adjointe du quartier de Nansouty, Nicolas Thierry, député de la Gironde.
Le 13 Octobre 2025, 31 rue de Lavaud, pose des pavés en hommage à Germaine et Jean Cantelaube.

Intervention de l'Association par Bernard Éclancher :
Mesdames, Messieurs
L'Association pour le souvenir des fusillés de Souge vous remercie de votre présence.
Nous rendons hommage aux 256 hommes qui ont été fusillés à Souge entre 1940 et 1944. Les nazis ne fusillaient que les hommes alors que, bien souvent, la résistance était une affaire de famille aussi nous rendons également hommage aux 18 mères, épouses, compagnes ou sœurs de fusillés, résistantes elles aussi, qui ont été déportées et sont mortes en camp de concentration.
Notre action consiste, en dehors des cérémonies, à faire connaître ce qu'était l'idéologie nazie basée sur la recherche d'un bouc émissaire, sur la haine de tout ceux qui n'étaient pas de la race aryenne qui était, pour eux, la seule race pure. Nous recevons annuellement près de 1 000 scolaires qui viennent visiter le mémorial et nous participons au Rallye Citoyen sur 3 jours dans le camp militaire.
Le but est de faire comprendre aux enfants ce qu'était cette idéologie et les similitudes avec ce que nous pouvons entendre trop souvent aujourd'hui par certains qui recherchent également un bouc émissaire. Mais aussi pour leur faire comprendre la nécessité d'un monde qui vive en paix et qu'il faut connaître le passé pour éclairer l'avenir.
Les fusillés de Souge avaient des origines très diverses tant idéologiques : ils étaient communistes, socialistes, gaullistes, juifs, chrétiens, syndicalistes ou sans parti, sans syndicat, athées ; que professionnelles : ils étaient ouvriers, artisans, militaires, patrons, médecins, cadres etc.
Ils étaient français ou étrangers. Le plus jeune avait 17 ans, le plus âgé 69 ans.
Ils n'avaient qu'une idée faire taire le bruit des bottes et des fusils et vivre libres.
Ils étaient postiers, ouvriers de l'aéronautique, maçons et aussi cheminots.
Les cheminots ont payé un lourd tribut par leurs actions de résistance et de sabotage.
Dès le 10 août 1944 la CGT cheminots clandestine appelle à la grève insurrectionnelle. Pour faire barrage à l'occupant, les cheminots n'hésitent pas à sacrifier leur outil de travail. Ils rendent inutilisables 3 000 km de voies, ils détruisent 2 300 ouvrages d'art, 115 grandes gares, 24 grands triages, 19 ateliers de réparation et 71 dépôts.
16 000 cheminots ont été blessés, 2 500 déportés dont 1 300 sont morts dans les camps nazis, 244 sont morts au combat et 112 sont tués durant la Libération dont 8 en Gironde.
7 cheminots ont été fusillés à Souge parmi les 9 000 qui ont péri dans des actes de résistance, il s'agit de :
Honoré Balssa (43 ans), Richard Méry (55 ans), Michel Joseph Trabis (51 ans), arrêtés sur simple décision préfectorale pour leur engagement communiste et syndical à la CGT, internés au camp de Mérignac, fusillés en tant qu'otages le 24 octobre 1941.
Franck Pinaud (33 ans), Paul Puech (31 ans), membres du groupe des cheminots Résistants reconnu ultérieurement comme Réseau Résistance-Fer des Forces Françaises Combattantes, arrêtés à l'été 1942 pour propagande antinazie et pour avoir hébergé des Résistants communistes, fusillés en tant qu'otages le 21 septembre 1942.
René Migeot (36 ans) membre du groupe FTPF Bourgois, ayant à son actif à l'automne 1943 de nombreux déraillements et autres sabotages, arrêté et condamné à mort, fusillé le 26 janvier 1944 son père, ancien combattant de 14/18 et son frère sont morts en déportation.
Nous pourrions rajouter Alban Laval il n'était pas cheminot mais il travaillait pour une entreprise qui réparait les wagons S.N.C.F. donc proche du milieu cheminot. Militant communiste et syndicaliste il a été fusillé le 24 octobre 1941 il avait 58 ans.
Et enfin le couple que nous honorons aujourd'hui.
Lecture des jeunes du Lycée Charles Peguy d'Eysines
Jean Louis Cantelaube Né le 6 octobre 1910 à Poitiers (Vienne), fusillé comme otage le 24 octobre 1941 au camp de Souge, commune de Martignas-sur-Jalle (Gironde) ; cheminot ; militant communiste et syndicaliste de Gironde.
Fils d'un employé de la Compagnie des chemins de fer d'Orléans et d'une couturière, Jean-Louis Cantelaube entra aux chemins de fer à Périgueux, aux ateliers, comme apprenti ajusteur monteur, puis comme ouvrier jusqu'en 1930. Il partit alors effectuer son service militaire. Il ne fut réintégré aux chemins de fer qu'en 1934. À Bordeaux il participa à l'activité syndicale dans la jeune section unique CGTU des cheminots de Bordeaux Saint-Jean. Il adhéra au Parti communiste et fut secrétaire de la cellule du dépôt de Bordeaux Saint-Jean en 1936. Il était alors domicilié rue de Lavaud à Bordeaux. Révoqué le 11 juillet 1940 de la SNCF, il fut arrêté le 22 novembre 1940 puis interné. Il fut l'un des cinquante otages fusillés le 24 octobre 1941 au camp de Souge en représailles à l'attentat qui coûta la vie au commandant Hans Reimers le 21 octobre 1941 à Bordeaux. Il avait 31 ans
Son épouse Germaine Cantelaube :
Née à Paris le 27 mars 1908. Fille d'un employé de bureau, domicilié d'abord à Brunoy (Seine-et-Oise) puis à Périgueux, elle était titulaire du certificat d'études primaires. Après l'arrestation de son mari, elle continua à héberger des militants clandestins et à transporter du matériel de propagande. Arrêtée le 28 août 1942, elle fut internée à la caserne Boudet jusqu'au 14 octobre 1942 puis à Romainville et déportée le 24 janvier 1943 vers Auschwitz. Elle mourut de la dysenterie à Birkenau le 31 mars 1943.
Il y en a beaucoup d'autres qui n'ont pas été fusillés mais qui sont morts au combat ou sous la torture comme Charles Domercq par exemple.
Intervention de Bernard Éclancher
Intervention de Pierre Hurmic, maire de Bordeaux
Le chant des partisans interprété le 13 octobre 2025 par la chorale des Amis de l'Ormée
le 29 avril 2024 pose des pavés pour Jean-Bernard et Germaine Bonnafon
Le 29 avril 2024, deux "Stolperstein" ont été déposés 19 rue des Augustins à Bordeaux sur proposition de l'AFMD Gironde. C'était l'adresse du commerce de Jean-Bernard Bonnafon. L'un des deux est gravé à son nom, le second au nom de sa fille Germaine, résistante, déportée, qui à son retour n'a cessé de témoigner dans le milieu scolaire entre autres, mais aussi chaque fois qu'il était fait appel à elle.
Elle a participé activement au Comité du Souvenir des Fusilles de Souge, à la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés Internés Résistants et Patriotes) et enfin à la création de l'AFMD (Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation).
Lors de la pose des pavés, Claude Rieu, fils de Germaine et Jean Rieu (lui même ancien déporté) et petit-fils de Jean-Bernard Bonnafon a prononcé ce discours :
Jean Bernard Bonnafon
L'homme qui observait les étoiles avec sa fille les soirs d'été, l'homme tranquille qui soignait son petit rucher et ses arbres fruitiers le dimanche à Pessac, c'était Jean Bernard Bonnafon, le père de Germaine. Charpentier de marine, menuisier ébéniste, il avait servi dans la Marine
Nationale pendant la 1ère guerre mondiale et avait navigué ensuite dans la Marine Marchande sur une ligne transatlantique.
Au milieu des années 20 il avait décidé de ne plus s'éloigner et avait travaillé chez des fabricants de meubles bordelais.
C'est au début des années 30 qu'il acquiert le magasin de meubles du 19 de la rue des Augustins, un dépôt de fabrique qui alimente les magasins spécialisés du Cours d'Albret (entre autres ceux de la famille Bayle)…
Avec sa fille Germaine il voit la débâcle de juin 40, l'exode des réfugiés à Bordeaux et les dégâts causés par le bombardement du 20 juin 40 dans le quartier tout proche de Saint Michel.
Ami de jeunesse d'Henri Souques, blanchisseur à Gradignan, qui héberge le député communiste Charles Tillon devenu clandestin depuis que son parti avait été interdit, Jean-Bernard rejoint cet embryon de réseau de résistance bordelais.
Une imprimerie clandestine est installée au fond du magasin et une résistante, Renée Michaux (morte au camp d’Auschwitz), vient taper les textes des tracts et des journaux clandestins. Le 25 août 1942 il est informé par ses amis de l'arrivée de la police spécialisée dans la chasse aux résistants et aux communistes, il demande alors à Germaine de partir immédiatement pour Paris. Arrêté par la brigade du Commissaire Poinsot (qui sera condamné à mort à la Libération pour collaboration et exécuté), Jean Bernard est interné au Fort du Hâ, la vieille prison de Bordeaux. Malheureusement l'attentat du cinéma Grand Rex à Paris, réservé à l'armée allemande, entraîne des représailles qui vont coûter la vie à de nombreux patriotes français dont 70 à Bordeaux. Inscrit sur la liste des otages par les services de la préfecture dont Maurice Papon était alors Secrétaire Général, Jean Bernard Bonnafon est fusillé le 21 septembre 1942 au camp de Souge Martignas. Victime d’un crime de guerre
perpétré un mois après son arrestation.
Comme le disait, dans son poème, l'écrivaine Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009, bien connue à Bordeaux, voyant à Berlin les nombreux pavés de mémoire, il faut « Y penser sans cesse » .
Pour ma part j'ai vu les premiers pavés de mémoire dans la capitale allemande il y a une vingtaine d'années ainsi que l'impressionnant monument aux victimes de l'Holocauste.
J'apprends avec inquiétude que certains groupes, dits d'extrême droite, revendiquent leur destruction et envisagent l'expulsion de plusieurs millions d'étrangers du territoire européen. Dans ce contexte, je pense que les pavés de mémoire sont une contribution au combat contre l'oubli et contre la récidive.
Au nom des familles Bonnafon et Rieu puisque Germaine avait épousé Jean Rieu, mon père, résistant rescapé de Buchenwald, qui fut après-guerre conseiller municipal de Bordeaux et député de la Gironde, je remercie la municipalité de Monsieur Pierre Hurmic et ses adjoints ainsi que les Amis de la Fondation Pour La Mémoire de la Déportation, d'honorer par cette cérémonie la mémoire de mes parents.

